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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « L’oiseau de plomb » (Jean Védrines)

Saisissante mini-épopée de guerre aérienne dans les années 30, au-dessus de la vallée du Rhône.

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Publié en 2001 à La Différence, le deuxième roman de Jean Védrines constitue un bel hommage à son grand-père pionnier de l’aviation, aux temps héroïques de ces premières machines de guerre volantes, et à l’esprit de résistance.

Tout baigné du soleil de la vallée du Rhône, des brumes de chaleur des Préalpes et de la majesté fragile des ces oiseaux de plomb, de toile et d’acier, le roman recueille échanges et confidences entre les pilotes et les mécaniciens d’une escadrille de bric et de broc qui, basée dans les hauteurs des Alpes, résiste envers et contre tout à l’avancée terrestre d’un ennemi allemand conquérant la France, et donc la vallée du Rhône, dans les années 30, tandis qu’un contrepoint subtil est fourni tout au long par les voix de ceux restés dans les villes de la vallée, oscillant entre résistance, indifférence et déjà, franche collaboration avec l’envahisseur…

Au-delà de ce canevas où l’on sent les échos du Malraux de « L’espoir » (davantage le film que le livre, en réalité), c’est la langue de Jean Védrines qui surprend et enchante, mêlant dans sa violence guerrière les accents lyriques du Giono du « Chant du monde » à la précision technique et admirative du Zola de « La bête humaine », sans dédaigner les saisissantes bouffées de poésie qu’y aurait insufflées, par à-coups vertigineux, le résistant René Char.

Une belle découverte qui donne envie de lire rapidement les autres romans de l’auteur.

« Toussaint a levé le pouce gauche. J’ai la lampe calée contre les genoux, je la plaque au vitrage. Un seul coup, rouge, un éclat et les poissons ferrés, l’un puis l’autre, quittent notre giron, avec un cri perçant, de vrille de moulin qui s’emballe, de rotor qui brûle son acier : quatre, cinq, six puis sept comme des chandelles qui troueraient la nuit glacée du désert, cinq, six, sept voix électriques, hurlements aigus, notes de fer. Jamais entendu ça, la scie des poissons de fer. Ils sont vifs, les pointus, les têtards de tôle. « Tu les verras au sang, au feu » m’avait dit Toussaint. Et le voilà qui pousse le manche, le brutal, le salaud, d’un coup, sans prévenir, et le quadrillage des rues baignées de lune distend ses mailles, le bec de la bête s’ouvre grand, bâille à la glace, à la lampe de glace qui strie et veinule le sol, et Toussaint soudain gueule, hurle, un cri d’éventreur : c’est lui qui est au sang, au meurtre, à la bombe.
« Redresse, je me dis, redresse », car déjà je crains la chandelle de feu, nos quatre crânes décavés dans le champagne enflammé qui fuse du ventre gras de la poissonne.
Mais il est beau, Toussaint. Il bande dru, le souqueur. On lui fournira les cent plus belles filles du royaume. Il a cabré le fleuve aveuglant, l »œil hilare du gros cyclope inerte dans le nez de la poissonne et je l’entends qui se remue les tripes, la carcasse, te fait gicler ses petits, des paquets de seize, cette fois, deux paquets d’un coup. Les sangles me tirent aux bras, aux aisselles. Toussaint hurle : « Ils ont plus rien ! Pas un canon ! La moisson, c’est la moisson ! »
Et il pousse le seul cri américain que je lui aie entendu jeter. »

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Un lecteur, un libraire, entre autres.

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