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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « L’agent de liaison » (Hélène Frappat)

Rusée mise en correspondance de la fugue préservant l’être et de la traîtrise combattante de l’ombre.

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L'agent de liaison

Publié en 2007 aux éditions Allia, le deuxième roman d’Hélène Frappat est un bien curieux labyrinthe, entrelaçant avec brio des trames mémorielles à la fois ajourées et dramatiquement précises autour de la notion multivoque à souhait d’ « agent » en général, et d’ « agent de liaison » en particulier.

Bribes de récits familiaux sur plusieurs générations, entre Paris, l’Aveyron des cafetiers « montés » à la capitale, la Corse et la Sardaigne, perpétuelles « périphéries », Rome, Naples et Turin, narrant fugues, disparitions volontaires et autres effacements dans la discrétion, vertu absolue et créatrice paradoxale de liberté, auxquelles répondent dans un savant contrepoint d’autres bribes, qui s’y mêlent par le vocabulaire, les circonstances ou les échos entr’entendus, renvoyant, elles, aux espions, agents secrets, informateurs, détectives ou autres officiers traitants – établissant une mise en correspondance, formelle et rusée, entre défense de son identité personnelle et défense d’une cause, patriotique ou internationaliste…

Beaucoup de brio (et une savante gestion de l’italique) pour développer cette étonnante poésie de l’encoignure et de la fugitivité.

« Que prouve le traître au crédule qu’il vole ou dupe, sinon qu’il ne lui a jamais appartenu ? Pour trahir, il faut d’abord appartenir. Je n’ai jamais appartenu. En dérobant mon héritage et mes souvenirs, mon ex-mari avait prouvé sa hantise de la possession, transformant le contenu d’une petite boîte de bijoux, par-delà les biens monnayables, en signes de fuite. La trahison est moins un défaut de loyauté qu’une terreur de la possession ; l’agent qui n’appartient pas ne trahit rien.
Je n’ai jamais appartenu. Existait-il en certains individus un désir trouble de fuite que les victimes de leurs fugues nommaient trahison, et les fauteurs de fugues indépendance ? Et l’agent double ou triple, situant dans ses reniements le cœur même de son indépendance, affirmait-il plus discrètement, en sourdine, à son public mystifié : Je ne me suis jamais appartenu ?
Qui ne s’appartient pas ne trahit rien (identités, valeurs, promesses) ; le seul secret des traîtres que ces fugitifs chercheront toujours à nier est qu’ils n’ont, sous le regard de leurs ennemis et de leurs alliés, au fond de leurs cœurs, rien, ni personne, à trahir. »

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Cette magnifique photo est © 2009 Le photoblog de Renaud Monfourny.

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