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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Les confessions de Nat Turner » (William Styron)

Toujours controversée 45 ans après sa parution, la mise en fiction de la révolte d’esclaves de 1831.

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Les confessions de Nat Turner

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Publié en 1967, traduit en français en 1969 par Maurice-Edgar Coindreau chez Gallimard, le quatrième roman de William Styron, couronné par le prix Pulitzer cette année-là, et son plus grand succès populaire avec « Le choix de Sophie », reste son plus controversé.

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Le compte-rendu fictionnel détaillé de la genèse et du déroulement de la (vraie) révolte d’esclaves de 1831 en Virginie, sous la forme d’une « confession » authentiquement recueillie auprès de son instigateur, Nat Turner, emprisonné en attendant la pendaison, déchaîna à l’époque de sa parution les charges « des deux côtés », malgré le soutien sans faille de James Baldwin et de Ralph Ellison, une grande partie de la critique afro-américaine en dénonçant les stéréotypes racistes que le roman véhiculerait, tandis que la critique conservatrice conspuait la noirceur de la description des esclavagistes, comme de la corruption et de la veulerie immondes d’une large proportion du clergé.

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Si l’on peut en effet discuter à l’envi des effets secondaires potentiels de certains choix narratifs de Styron (les obsessions sexuelles d’une petite partie des révoltés, notamment), il reste quoi qu’il en soit, l’effrayant portrait intime d’un esclave instruit, à la limite même du surdoué, connaissant par cœur sa Bible et pouvant la citer en permanence avec une parfaite exactitude, concoctant au fil des années, dans la haine et le ressentiment vis-à-vis de son oppresseur générique (et non particulier), une insurrection violente, entraînant l’assassinat de 55 Blancs (y compris femmes et enfants), la condamnation à mort de 40 Noirs révoltés (sur les 70 identifiés), et le lynchage sauvage par les milices des planteurs effrayés et vengeurs de 300 Noirs n’ayant rien à voir avec le mouvement… et la peinture à l’acide d’une société entièrement orientée vers le profit, petit ou grand, masquée dans ses oripeaux religieux, méthodistes ou autres, fustigeant la générosité dangereuse des abolitionnistes quakers, et résolument aveugle à sa propre corruption fondamentale.

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Un grand livre, terriblement brutal, dont Tarantino se souvient bien entendu avec jubilation au moment de préparer son « Django Unchained », et qui illustre parfaitement la citation de Flaubert que Styron fit figurer pendant quarante ans au-dessus de la porte de son bureau : « Soyez réglé dans votre vie et ordinaire comme un bourgeois, afin d’être violent et original dans vos œuvres ».

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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