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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Mourir, la belle affaire » (Alfredo Noriega)

Sous le scalpel d’un légiste, les tissus d’un drame cruel et ordinaire dont la ville de Quito est le vrai héros.

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Mourir, la belle affaire

Publié en 2010, traduit en français en octobre 2013 chez Ombres Noires par Nathalie Lalisse-Delcourt, « Mourir, la belle affaire » est le quatrième roman de l’Équatorien Alfredo Noriega, installé à Paris, où il est enseignant, depuis 1985, et son premier à être édité en français.

Il y renoue avec son personnage du médecin légiste de Quito, Arturo Fernandez, déjà héros et narrateur de son « De que nada se sabe » (2006), non traduit en français, roman à l’origine du film de Victor Arregui, « Cuando me toque a mí » (2008).

Un accident de circulation comme il y en a, semble-t-il, des milliers chaque année à Quito : une Subaru a été violemment heurtée par une Cherokee, qui a ensuite pris la fuite. Deux ans plus tard, la seule survivante de la Subaru, dépressive et semi-clochardisée, finit par tomber ou se jeter dans l’un des nombreux ravins qui parsèment les confins de la mégapole nichée à 2 500 m d’altitude, entourée de volcans actifs comptant parmi les plus hauts du monde, toujours menacée par la lave, les nuées ardentes ou, beaucoup plus fréquemment, les coulées de boue. Mu par une soudaine impulsion, un inspecteur de la Criminelle reprend l’enquête déjà ancienne, découvre qu’elle a été impitoyablement bâclée, identifie le propriétaire de la Cherokee, et se lance dans une étonnante et débridée vendetta qui se retourne rapidement contre lui, car trafic de drogue et blanchiment d’argent à grande  échelle sont de la partie…

C’est sur la table et sous le scalpel d’Arturo Fernandez, le légiste, que les destins croisés des protagonistes de ce drame violent mais ordinaire, comme de celles et ceux qui n’en croisent la trame que par coïncidence, finissent par aboutir, pour y être autopsiés, recousus et démêlés, dans un incessant mouvement à la bien curieuse musique, dans laquelle trône, impavide et intacte, la Quito de toujours, ancienne et moderne, dure et indifférente, sensible et mobile.

Tan solo morir

Un étonnant polar à la tonalité inhabituelle et au mode de narration à la fois très réussi et quelque peu déroutant, pour découvrir la capitale d’un pays si peu connu en France, sous des jours cruels et flamboyants à la fois.

« Dès que la faim la saisit, elle entre dans une épicerie, s’achète un fruit, du pain, un Coca, du nougat, et mange, assiste sur le trottoir, en laissant les gens l’observer. Parce que les Quiténiens sont ainsi : ils se mêlent de tout, font des élucubrations sur la vie des autres, pour savoir si leur propre vie vaut la peine ou non que les autres en parlent.
De temps en temps, quelqu’un s’approche d’elle.
– Et vous, ça va ? lui demande-t-on d’habitude.
– Moi, bien, merci, et vous ? répond María del Carmen.
– Moi aussi.
– Moi, pareil.
De manière générale, les conversations en restent là, enfermées à double tour dans ces cercles sémantiques dont les Andins ont le secret. Elle se lève, continue vers le haut, ou vers le bas, en fonction de l’heure, des nuages ou des orages qui arrivent de l’un des innombrables horizons qui entourent la ville. »

« D’après les témoignages, le Cherokee était de fabrication récente. Ce qui élimine d’emblée plus de quatre-vingts pour cent de la population, pour qui il est impossible de faire l’acquisition d’un 4 x 4 de cette catégorie. Toutefois, il pouvait s’agir d’une voiture volée, auquel cas ces quatre-vingts pour cent doivent à nouveau être pris en considération. »

« Moi, par contre, ce que je préfère à l’heure du déjeuner, c’est d’aller marcher dans le Centro. J’aime chercher les coins où la montagne disparaît, où Quito se retrouve comme suspendue, comme abandonnée dans le cosmos, rejetée en dehors du mouvement perpétuel de l’univers, sans prise possible. Elle a l’air perdue et différente sans le Pichincha, sans ce morceau de montagne derrière elle. J’aime découvrir des endroits où la cordillère n’existe pas, où elle est cachée par les maisons ou les églises, perturbant les habitants de Quito. Sans les montagnes, ils ont l’air de ne pas marcher droit mais de travers, ils semblent plus petits et fuyants, un peu fantomatiques, le visage perdu, les mains dans les poches et les épaules relevées pour se protéger du froid, ce temps ancestral hors du temps. »

Ce qu’en dit fort joliment Garoupe est ici. Un petit article bio-bilbiographique et un entretien sont disponibles sur le blog Indes Latino-créoles, ici. Une note de lecture intéressante est aussi à lire sur le blog Tête de lecture, ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Alfredo Noriega_1_med

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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