☀︎
Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Giambatista Viko ou le viol du discours africain » (Georges Ngal)

Un moment-clé de la littérature africaine contemporaine, en 1975.

x

Giambatista Viko

Premier roman du polygraphe congolais Georges Ngal, publié en 1975, ce court « roman », associé à sa suite parue la même année, « L’errance », marque un moment-clé de la littérature africaine contemporaine.

Utilisant avec brio un style éminemment parodique, suracadémisant, pompeux et rationalisateur, introduisant massivement en contrepoint d’imposants fragments d’oralité débridée, l’auteur nous associe, sous forme de brèves pensées, bribes de monologues ou de conversations téléphoniques à la domination puis à la chute, en quelques mois, d’un intellectuel et romancier africain fictif des années 60, tout arc-bouté à la culture littéraire européenne classique, rejetant avec ferveur tout élément issu d’une tradition orale africaine ou d’une quelconque négritude, ne reculant devant aucune bassesse, aucune intrigue, voire aucune falsification pour imposer ses vues et assurer son statut, avant d’être ignominieusement démasqué, puis condamné, en fin de récit, à un parcours expiatoire au sein des traditions, des contes et des constructions littéraires hybrides alors en pleine gestation sur le continent (parcours qui sera le sujet de « L’errance »).

Un texte qui a un peu vieilli, mais dont l’explosion certes brute permit la libération des consciences et des énergies qui permit ensuite à un Kourouma, tout particulièrement, de s’exprimer et de révolutionner, avec d’autres, la littérature africaine moderne…

x

Ngal

« Ma réputation de soleil noir vogue à travers la planète, mais celle de l’écrivain tarde à prendre des assises. Seul le discours intérieur à l’Afrique pourra libérer le mien, enchaîné par un des sophismes dont seuls les Occidentaux ont l’art. Il existe une vie souterraine en nous. Le freudisme l’a apprise aux Occidentaux ; les primitifs, eux, ne l’ont jamais ignorée. Depuis des temps immémoriaux, la vie intérieure des individus est réglée par cette instance inférieure que l’Europe commence à peine à redécouvrir.
– Maître, j’ai toujours dit, que vous étiez né trop tôt, avec un siècle d’avance sur notre temps. Apprivoiser le discours africain pour libérer le discours occidental paralysé, refoulé, me paraît vraiment génial !
– Mais attention ! Pas d’ambigüité ! Je suis de la race qu’on ne peut assimiler aux écrivains africains ordinaires. Nous n’avons de commun que le biologique. Ma place se trouverait à Paris, à Genève. C’est un accident de l’histoire qui m’a fait naître en Afrique. Recours n’est pas assimilation. Picasso, Juan Gris, Litchiz se sont entourés de masques nègres uniquement dans le but de définir leurs intentions esthétiques ; un Apollinaire proclame sa volonté d’aller vers les fétiches de Guinée et d’Afrique. S’y méprendra qui voudra. Un moyen est un moyen. Ne pas perdre cela de vue. »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici (un petit rappel, si le livre n’est provisoirement pas en stock à la librairie, ne pas hésiter à appeler pour accélérer le réapprovisionnement).

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :