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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Voyage du condottière » (André Suarès)

Voyage culturel « total » en Italie du Nord, pour le plus grand bonheur de qui y accompagne Suarès.

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RELECTURE

Voyage du condottière

Publié en trois tomes (« Venise », « Florence », « Sienne ») entre 1914 et 1932, le « Voyage du Condottière » est ce qui se rapproche sans doute le plus de l’œuvre d’une vie pour l’étonnant polygraphe André Suarès (1868-1948), élève prodige, pauvre et tôt orphelin, qui effectua son tout premier voyage en Italie, à pied, dès 1893, à 25 ans, après sa réussite à l’ENS Ulm et son échec à l’agrégation d’histoire, avant de devenir une figure littéraire mythique de l’entre-deux-guerres, et l’un des quatre grands animateurs de la NRF avec Gide, Claudel et Valéry.

Vrai-faux « guide de voyage », nourri d’une culture proprement phénoménale en peinture, sculpture, architecture, littérature et histoire italienne, principalement du Moyen-Âge et de la Renaissance, mais encore tout à fait spectaculaire pour le XVIIIème et le XIXème siècles, l’ouvrage enchaîne au long des 550 pages de ses trois tomes une centaine de chapitres, courts ou très courts : descriptions de villes, de lieux, de routes, flamboyantes et épiques, ou au contraire, poétiques et intimistes, parsemées d’incises consacrées à un peintre, un sculpteur, un tableau, un écrivain, une figure historique.

Au-delà de ce rare foisonnement, le charme particulier du « Condottière » tient sans doute à ce que la formule « Dieu vomit les tièdes » a pu être inventée pour caractériser Suarès : passion dévorante, engagement permanent (sur « tout », le plus essentiel, ou sur « rien », le plus futile), mauvaise foi prodigieuse, mansuétude tout aussi étonnante (du type « Oui, c’était un monstre abject et d’une bêtise effroyable, mais toute sa vie, il protégea le peintre Untel, donc respect »).

Parfois « trop » métaphysique et quelque peu grandiloquent par instants, c’est néanmoins LE livre pour voyageurs sauvages et cultivés en Italie du Nord.

« Il se peut que la plus grande beauté ne soit pas où il la trouve : c’est pourtant là qu’elle est pour lui. Comme il lui parle, elle répond. L’entretien est infini que la passion nourrit, après l’avoir fait naître. La fringale des fauves ne désarma jamais, pas plus que leur prudence, mais il vient un temps où l’on ne dévore qu’en esprit. Comme un enfant, il a voulu toute l’Italie : il a bientôt compris qu’une telle convoitise est abstraite autant qu’elle est esclave : elle n’est pas de l’amour ni de l’art, elle est de la politique. Un pays fait masse et nombre : la passion comme l’art ne vit que de choix. La poésie est la partialité suprême. Je veux, dit le Condottière, que ma vie se prête à la vie de tout l’univers, et qu’elle y aide. Mais je ne donne mon âme qu’à l’objet unique entre tous les objets. // Ce monde marche par nous et marchera bien sans nous. Que l’esprit persévère dans son combat pour l’harmonie et la beauté. Mais nous n’avons que faire de jeter encore un geste discordant au milieu de la cohue, une autre vague dans le désordre de cette mer orpheline du calme. Bienheureuse l’action qui défend les hommes de se faire machines. Mais la pensée, en lutte perpétuelle avec le train mécanique de la vie, est une action suprême : l’esprit de beauté est l’arme divine qui défend l’homme de l’automate. »

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