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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « La base » (Hugues Jallon)

Curieuse et passionnante enquête d’une agence occulte sur le développement de l’industrie financière offshore.

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La_base

Paru en 2004 aux éditions du Passant, le premier roman d’Hugues Jallon, court (110 pages) mais dense, est un objet singulier, assez difficile à décrire, mais tout à fait passionnant.

Une succession d’extraits de rapports officiels d’une agence gouvernementale plus ou moins occulte – dans lesquels le jeu sur la précision langagière, le non-dit et la langue de bois poursuit avec bonheur le travail d’un Antoine Bello sur la langue administrativo-juridique dans son « Éloge de la pièce manquante » (1998) – s’attache à enquêter sur la création et le développement d’une « zone hors sol », dotée progressivement de personnalité juridique, et soutenue par des intérêts mal identifiés mais puissants, à partir d’une plate-forme pétrolière désaffectée en mer du Nord. Mêlant avec une grande habileté le véridique et l’imaginaire, abondamment doté en références et notes de bas de page, ce décryptage romanesque de l’industrie de la finance offshore et du blanchiment à grande échelle prend rapidement les allures tragiques d’une machine infernale devenue « inarrêtable », tant les conséquences d’une action déterminée poseraient de « problèmes »… La dérive progressive et la disparition dans les limbes du monde connu, notamment dans les zones de « non-droit » telles Nauru, des principaux agents chargés de l’investigation ajoute une touche supplémentaire de fatalité impuissante, s’il en était besoin.

Un remarquable exercice qui donne nettement envie d’en lire davantage de cet auteur, à l’image de cette conclusion de son rapport, par le haut fonctionnaire du renseignement en charge in fine de l’investigation…

« Toutes ces années vous vous êtes largement occupés à identifier, réduire et anéantir les zones talibanisées, tous les points de résistance aux valeurs qui rendent tout à la fois acceptable notre coexistence et soutenable l’horizon de notre disparition, vous avez ignoré les risques réels, vous n’avez pas vu venir les sources potentielles de danger véritable, vous avez dans le même temps laissé se créer plus que des abris de fortune, des mondes durablement enclavés pour accélérer pensiez-vous en secret le cycle de l’accumulation et de l’investissement, des zones de rachat destinées pensiez-vous à unir plus vite encore les points séparés du globe.
Je ne vous parle pas de ces provisoires et souvent malheureuses petites expériences de déconnexions, de ces débranchements momentanés qui parfois matérialisent les rêves et autres songeries de « sortie du monde ».
Je ne vous parle pas de ces rêves inoffensifs pour les principes que nous nous employons à défendre et à promouvoir et qui ont au contraire, vous le savez, toute leur place dans la nouvelle dynamique d’accumulation.
Je vous parle d’un point de déséquilibre majeur en Haute Mer, quelques mètres carrés de métal inutiles qui émergent de l’eau épaisse, je vous parle de l’assemblage patient et progressif d’une fiction lourde d’effets puissants, mais pour l’heure encore impossibles à évaluer, je vous parle d’un point d’appui discret capable à terme de soulever notre monde et les principes qui l’organisent. »

Ce texte est malheureusement épuisé à l’heure actuelle, ce qui constitue en réalité un prétexte supplémentaire pour se précipiter sur les excellents « Zone de combat » (2007) et « Le début de quelque chose » (2011), toujours disponibles, eux.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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