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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « La science-fiction entre Cassandre et Prométhée » (sous la direction de Françoise Willmann)

Sur un thème passionnant et perpétuellement actuel, plusieurs excellentes contributions.

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La_science_fiction_entre_Cassandre_et_Promethee

Publié en 2010, ce recueil rassemble les contributions de divers chercheurs à une journée d’études interdisciplinaire, qui avait pour objectif « d’interroger la tension entre la valorisation prométhéenne des sciences et des techniques et la mise en scène de leur potentiel apocalyptique, une trame récurrente de la science-fiction ».

Entre Cassandre et Prométhée, on y trouvera ainsi plusieurs articles précieux, en plus de la remarquable introduction de Françoise Willmann (qui présentait le propos général à travers les deux approches de précurseurs que furent Kurd Lasswitz, avec son « optimiste » « Auf Zwei Planeten » (1897), et H.G. Wells, avec son « pessimiste » « The War of the Worlds » (1898).

« Le catastrophisme dans la SF : quelques exemples de mise en récit de l’argument de la pente fatale », de Jean-Luc Gangloff et Vincent Helfrich, présente avec brio le rôle souvent trop négligé de propagation des représentations que joue la SF aujourd’hui en matière d’attitude vis-à-vis de la science, à travers de nombreux exemples issus de la littérature aussi bien que du cinéma et des séries.

« Alien versus Predator. Le Ça dans la Mathesis Universalis », de David Morin Ulmann, passe en revue avec grand sérieux (mais avec de nombreuses touches hilarantes) les sagas Alien et Predator, et leurs convergences à grand spectacle, pour évaluer le statut et le sens des différentes formes de monstre et d’ennemi qui y sont proposées.

« Scientisme et catastrophisme dans le best-seller de Frank Schätzing, « Der Schwarm » « , de Françoise Willmann, décrypte avec une grande intelligence cet étonnant thriller écologique (traduit en français sous le titre « Abysses »), et montre notamment comment le propos écologique et socio-scientifique, au départ riche et plutôt audacieux, se dilue inexorablement dans un brouhaha mystique sans efficacité alors que le livre, si prometteur, avance… :

« Or, « Abysses » reprend à son compte l’ancienne posture vulgarisatrice, qui prétend divertir et instruire. Le roman se heurte à tous les écueils de cette prétention, mais en outre distille, à travers un divertissement efficace, une idéologie d’apaisement et de camouflage. La catastrophe n’est pas un avertissement, mais une instrumentalisation de la question écologique au service de sa dédramatisation, qui s’adresse à l’humanité pour mieux occulter la société, et remplace la politique par la métaphysique. »

« L’intelligence artificielle dans la science-fiction », de Hans Esselborn, sur un sujet toujours captivant, est en revanche à la fois trop court et sensiblement trop superficiel, même si plusieurs références intéressantes y figurent, pour apporter des éléments significatifs, sachant que les essais de qualité sur ce thème abondent.

« Relire Orwell. Question littéraire, enjeu philosophique, réponse politique », de Baudoin Jurdant, est un court essai, brillant, qui apporte plusieurs perspectives fraîches et fines sur l’un des romans les plus utilisés et les moins véritablement « lus » du corpus science-fictif :

« La vulgarisation scientifique est peut-être ce genre littéraire très particulier qui, grâce à ses références didactiques, se spécifie de pouvoir déclencher une émulsion propre à définir ce que l’on peut faire de mieux comme mélange des deux écritures. Mais une telle orientation vers le didactisme est aussi sa tare littéraire, le péché qui lui interdit l’accès à l’authenticité littéraire. Toujours est-il que, dans le monde d’Orwell, dans le monde de ces « héritiers » qui survivent à la disparition du dernier homme et de la littérature, la vulgarisation scientifique n’aurait plus lieu d’être puisque la science elle-même en serait absente. Elle se serait alors transformée en propagande, comme l’avait bien compris Hitler dans « Mein Kampf ». À mi-chemin entre une parole domestiquée et une écriture faite d’images et de formules. »

J’ai été nettement moins séduit par les trois autres articles, sur le « Metropolis » de Fritz Lang, sur la « force Vril de Bulwer-Lytton entre science-fiction et occultisme » et sur les « hétérogénèses de l’agencement science fiction / speculative fiction » (dont le vocabulaire d’analyse littéraire ultra-technique masquait mal la pauvreté du propos).

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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