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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « La foire aux serpents » (Harry Crews)

Plongée ironique et violente dans le Sud profond, où un redneck se débat contre sa propre malédiction.

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La foire aux serpents

Ce roman de 1976, traduit en français en 1994 par Nicolas Richard à la Série Noire de Gallimard, est emblématique de cet auteur prolifique, issu d’une enfance difficile dans le Sud profond américain, engagé dans les Marines de 17 à 20 ans, avant de devenir écrivain et professeur d’anglais.

Avec l’humour souvent ironique qui le caractérise, et sans jamais prendre de gants dans le langage ou dans les situations, Harry Crews raconte ici quelques jours cruciaux de la vie d’un ancien brillant running back de lycée, qu’une blessure a renvoyé à la tenue du bar paternel, dans une bourgade rurale de Géorgie, où se déroule chaque année la « foire aux serpents », vaste rassemblement d’amateurs de crotales.

Ambiguë camaraderie redneck, racisme ordinaire et presque « bon enfant », beuveries monumentales, malheurs familiaux, désespoirs domestiques, combats de chiens féroces, viols quasiment banalisés,… construisent un terrifiant climat, cruel, violemment sexuel, dans lequel le narrateur, comme un cousin parodique du « Roi sans divertissement » de Giono, semble se débattre de plus en plus fort pour échapper à l’ennui morbide, jusqu’à l’apothéose finale.

Étrange hybride de Faulkner et de Crumley, Harry Crews ne vous laissera pas indifférent, et cette « Foire aux serpents » moins que tout autre de ses romans.

Et un grand remerciement à Laurent Courau, de La Spirale.org, libraire invité chez Charybde pour le mois de novembre 2011, pour cette recommandation.

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Feast-of-snakes1

« – Putain, fit Willard, il fait un de ces raffuts, celui-là, pour un éclopé. Moi si j’étais assez con pour foutre le pied sur un pieu tout plein de merde de chinetoque, y me semble que je dirais siouplaît quand je demande gentiment quelque chose. » Les fines lèvres de Willard souriaient presque timidement du bord de sa canette, mais ses yeux sombres restaient plats et durs et sans lueur aucune.
« Toi t’as éclaté trop de brèles sur le terrain, et t’as un peu trop lu les comptes rendus de tes exploits dans le  Wire Grass Farmer », rétorqua Buddy. Il baissa les yeux et examina machinalement son moignon. « Un de ces quatre, va bien falloir que je t’enfonce ce morceau de chêne dans le cul, histoire de t »inspecter un peu le foie. » « 

« Aux dires de tous, le paternel n’avait rien d’un brave homme ; simplement il ne tolérait pas qu’on frappe sur une femme. Il lui était arrivé une fois de castrer un nègre de Macon, un coupeur de bois qui lui apportait du raide de contrebande, mais le type avait volé une caisse entière sur le camion. Une autre fois, avec un copain, ils avaient scalpé un Blanc pour une raison que personne n’avait jamais pu connaître, et que le vieux n’avait jamais dévoilée. Il était également le proprio de certains des meilleurs pit-bulls de toute la Géorgie. Les clébards, c’était sa fierté, il leur vouait un amour tout particulier, il les aimait profondément, et s’ils étaient les meilleurs, c’est qu’il les traitait avec une cruauté sauvage et implacable dont aucun autre éleveur n’aurait supporté d’être l’imitateur, ni même le témoin. »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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HCrews

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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