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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Nuée ardente » (Raphaël Confiant)

Le beau récit de l’aveuglement ayant précédé l’éruption meurtrière de la Montagne Pelée en 1902.

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Nuée ardente

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Publié en 2002, ce roman de Raphaël Confiant reconstitue, aussi précisément que possible, en ajoutant quelques personnages inventés autour des personnages réels et connus, les quelques mois ayant précédé l’éruption de la montagne Pelée et la destruction de la ville de Saint-Pierre, en mai 1902 en Martinique.

L’auteur parvient joliment à faire revivre cette ville, capitale économique de l’île à l’époque, en s’attachant tout particulièrement à quelques poètes et joyeux noceurs, clients assidus des maisons closes de la ville, à une figure énigmatique de femme millionnaire dissimulant soigneusement un passé trouble à la Nouvelle-Orléans, et à Syparis, terrible bandit local, qui sera l’un des deux survivants officiels de la tragédie ayant entraîné environ 30 000 morts.

Au-delà d’un témoignage sur l’époque et, surtout, sur le formidable aveuglement prévalant alors face au volcanisme actif, Raphaël Confiant réussit à tramer son texte d’une sourde métaphore, l’accumulation de puissance sous la montagne au cours de ces années reflétant sournoisement la croissance des tensions politique et sociale, la crispation du pouvoir béké ne voulant rien lâcher face aux mulâtres et aux nègres, cinquante ans seulement après l’abolition définitive de l’esclavage, – insistant jusqu’à l’éruption fatale pour que les « élections de la dernière chance » (pour repousser le parti mulâtre) se tiennent sans délai, le tout transfiguré dans une omniprésente tension sexuelle qui parcourt tout le roman…

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« Dans la cité où fleurissaient les arts et les lettres, l’on répugnait à qualifier de volcan la montagne tutélaire au pied de laquelle le commerce de rhum, de sucre, de café, de tabac et de cacao faisait vivre au bas mot une trentaine de milliers d’âmes. Ce mot était même banni du parler des gens de bien et de toute façon presque inconnu de la gueusaille. D’ailleurs, on sursautait lorsque quelque savant, venu des Etats-Unis ou d’Europe, s’entêtait à l’employer et embauchait à tour de bras guides et porteurs dans le but, affirmaient-ils, d’en ausculter les battements secrets. Qui ne se gaussait de ces personnages excentriques, à binocles et barbe fleurie, qui se harnachaient de toutes qualités d’instruments scientifiques, l’air grave, insensibles à la douceur des lieux ? »

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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