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Notes de lecture 2014, Nouveautés

Note de lecture : « Le vie russe – Entre Sibérie et aujourd’hui » (Guillaume Chauvin)

La mosaïque photographique et textuelle d’un séjour à Irkoutsk et à Moscou en 2013.

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le vie russe

Publié en décembre 2013 chez Allia, cet étonnant projet de Guillaume Chauvin juxtapose, dans un format inhabituel, un grand reportage photographique réalisé à Irkoutsk et à Moscou en 2013, et un gros texte d’accompagnement, d’une centaine de pages, enchaînement de centaines d’annotations courtes, jetées sur le papier les unes derrière les autres pour aider à appréhender, fugitivement, un rapport particulier à la Sibérie et à la Russie, en résonance parfois très indirecte avec le travail photographique montré là.

Certains clichés sont magnifiques individuellement, l’effet d’accumulation en revanche n’est pas toujours totalement heureux, conduisant à bon nombre de redites, sur un matériau tout de même abondamment couvert par de nombreux photographes ces dernières années. La volonté de « faire du brut » est ici intéressante, mais engendre beaucoup de disparate et d’inégal in fine.

Le texte de son côté souffre sans doute des conséquences du même parti pris de « sans fioritures » : succession de touches et d’impressions d’un « premier contact » avec la Sibérie et la Russie, se gardant soigneusement, et à raison, de déployer des platitudes autour d’une éventuelle « âme slave » ou d’une mythique « âme sibérienne », il n’échappe toutefois pas toujours à la superficialité et à la naïveté, projetant beaucoup de « découvertes » du voyageur qui ne sont en réalité spécifiques ni à la Sibérie ni à la Russie, mais plutôt composante intrinsèque de n’importe quel voyage en pays « défavorisé » ou « pauvre » par rapport à la France…

Des choses très intéressantes, donc, mais un peu trop noyées dans un « non-agencement » de masse qui finit par les desservir.

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le vie russe 2

« J’atterris finalement à Irkoutsk, sans même sentir le choc des roues contre la piste. Les appareils d’Yakoutia Airlines dont l’empenne est une aurore boréale précèdent le bel accueil d’Olga, Sibérienne de mon âge, aux sourires et aux courbes remarquables… C’est bien mieux qu’à Tioumen, où écrasé sous la chaleur du dehors, le petit aéroport semblait être la salle d’attente d’un vétérinaire rural.. Dans la rue, bruit des marteaux-piqueurs et des talons. Regarde si tu as assez de place dans les yeux ! Les voitures et les motos roulent vite, même quand il leur manque de gros morceaux… La crasse environnante n’est pas la même que la nôtre : elle semble plus mécanique qu’électronique. Blocs d’habitat : trente ans d’âge et autant de rouille, accumulée sur quasi aucune parabole. »

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« On croise de temps en temps le long de la route des stands à brochettes tenus par des vieilles femmes toutes semblables, assises dans la fumée aveuglante de leur viande, cigarette en bouche. Sur le pont d’un bateau, du vent si fort qu’on peut s’y appuyer. Dimanche aux bords du Baïkal : sur la berge face au lac sans horizon, un gros Russe albinos s’est vêtu tout de jean et d’un chapeau cow-boy vert pour manger une pastèque rouge. L’herbe est elle aussi très verte. Loin devant lui, un Zodiac rouge passe lentement. Une camarade bouriate me fait écouter « sa » musique au casque : du rap américain ; j’aime ces sons qui ne me rappellent rien. Tous croquent l’omoul sec ou cru, ce poisson endémique mangé de haut en bas dans un parfum omniprésent d’essence froide. Un enfant lâche son ballon rouge sur le ciel gris. Le monde est grand mais la salle est pleine. De retour à la piaule, je la réalise coincée entre un immeuble encombré d’objets que des gens brûlent de temps en temps et une centrale électrique, presque bruyante, dont l’énergie part jusqu’on ne sait où… Genre décor de l’inspecteur Derrick après quelques minutes de guerre civile moderne. Un robinet du foyer fuit. Je le tourne pour avoir de l’eau mais rien n’en sort, même plus la fuite. Quand le bus roule vite il n’y a parfois pas d’autres poignées que les trous dans les fauteuils de mousse. Il faut y plonger la main et s’y tenir. Aux infos : un festival de tango où l’un des deux partenaires est en fauteuil roulant. Puis un reportage sur une compétition sportive rurale où tous les accessoires sont très gros : une très grosse balle, de très grosses raquettes, de grosses échasses, manipulées par des sportifs normaux. Et si la Russie dans toute son horreur se trouvait dans sa TV, dans la représentation d’elle-même pour elle-même par elle-même ? »

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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