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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « L’Ambition » (Iegor Gran)

L’ambition : y en a-t-il deux sortes ? Quelles sont-elles ? Quels sont leurs réseaux ? Que s’est-il réellement passé au néolithique ?

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l'ambition

Publié en août 2013 chez P.O.L., le dixième texte d’Iegor Gran propose au lecteur une nouvelle expérience de farce enjouée et enlevée, dans laquelle se glissent comme à l’accoutumée quelques réflexions soigneusement provocatrices.

Face à la lancinante question de l’ambition, du moteur de la vie et du développement financier, José, jeune homme contemporain, est plutôt du genre improvisateur perpétuel que méticuleux, planificateur et solide comme le sont sa petite amie Cécile ou son colocataire Jean-Jules. Petit dépanneur informatique qui ne semble pas promis aux brillantes carrières, il trouvera peut-être un chemin bien personnel, entre détournement d’un flux d’affaires qui ne lui semblait guère destiné et imagination pragmatique, aidé par un écrivain en panne d’inspiration qui découvre soudainement en José le paradigme secret du mystérieux changement sociétal intervenu au néolithique, lorsque l’élevage remplaça la chasse et la cueillette.

Servi par une gouaille farceuse et un sens de la formule ironique toujours affûté, qui fait parfois songer, dans un registre différent, à celles de Philippe Jaenada, Iegor Gran est peut-être ici un peu moins saignant que dans ses « ONG ! » (2003) et « L’écologie en bas de chez moi » (2011), mais nous offre toutefois un nouveau conte d’un quotidien où l’on peut trouver de l’enchantement sous les décombres, proposant au passage une explication salée à la genèse d’un matriarcat qui gouvernerait, encore aujourd’hui, la vie humaine, pour le meilleur et pour le pire, dans la joyeuse caricature qu’il affectionne, qui fera encore sourire ou qui agacera, selon les lectrices et les lecteurs.

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0_neolithique

Illustration du blog du Parti Préhistorique.

« – Je crois qu’on va arrêter les frais, dit Cécile.
Comme il ne comprenait pas, elle enfonça :
– Ça suffit, tes conneries. regarde-toi : t’es un gaz ! Tes combines à la con ne nous procurent qu’un avenir de lessiveuse. Les fèves ! Quand on y songe avec un peu de recul… Non, mais écoute-toi : les fèves ! La Vache qui rit ! … C’est pathétique. Comment tu fais pour te supporter ? Tout ce que l’on pourrait entreprendre ensemble sent le foireux. Ouvre les yeux. L’appart’ que l’on aura peut-être un jour, je n’imagine même pas. Allez, on se dit au revoir, et l’on reste bons amis sur Facebook.
Aussitôt dit, aussitôt regretté (« Il n’a jamais été suffisamment conformiste pour avoir une page Facebook, disait la petite voix. J’ai été trop dure. »)
Ils se connaissaient depuis plus de dix mois, tout de même. (« Déjà dix mois ! » s’étonna la petite voix.)
Ils ne vivaient pas ensemble, cependant, à cause des prix de l’immobilier. (« Du point de vue pratique, c’est le moment de rompre. Ce sera plus délicat quand on aura un studio commun. » argumenta la petite voix, pragmatique.)
Il était assez beau garçon, soigné, sportif, avec un peu de barbe blonde. « Oui, mais tous les garçons ou presque sont beaux. Leur capacité de barbe ne demande qu’à s’exprimer », jugea Cécile. En un sens, elle avait été créée pour aider les hommes à avoir de la barbe. Quant à la belle stature de José et à son humour, même si c’étaient des points positifs indiscutables, Cécile refusait de les prendre en compte tant elle craignait de tomber dans le cliché de la séduction masculine facile.
José se demandait s’il fallait insister pour avoir des explications qui risquaient d’être pénibles pour son amour-propre. »

« C’est peu dire que les marchés de niche font rarement rêver les grands capitaines d’industrie ou les conquistadors de la finance, et encore moins l’opinion publique qui n’a d’yeux que pour le grandiose, le gothique flamboyant, le gras et le sucré. Ainsi négligée, la niche n’en nourrit que plus généreusement l’entrepreneur qui a su l’occuper tranquillement, avec patience et passion, dans la pénombre des bonnes affaires gardées pour soi. »

Un bon entretien avec Iegor Gran à l’occasion de la sortie de ce roman est disponible ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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granFOLEY

© John Foley

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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