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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Schiste » (Emmanuel Merle)

Eau et pierre, regard d’un enfant, sous les grands espaces rêvés d’une autre vie.

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Schiste

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Publié chez Alidades en 2013, le septième recueil d’Emmanuel Merle, tard venu à l’écriture et ayant commencé par d’étonnantes nouvelles (« Redwood », en 2004) avant de se consacrer presque exclusivement à la poésie, poursuit son surprenant travail, instillant les grands espaces d’un fantasmatique Ouest américain toujours non-dit, mais toujours peuplé du souffle de ses admirations pour Jim Harrison, James Crumley, Thomas McGuane, Tony Hillerman ou encore Louise Erdrich, au cœur d’une intimité flâneuse, d’une enfance ré-imaginée, ou d’un songe éveillé appelant à une inexprimable levée en masse au creux de l’être intime.

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Dans « Schiste », la pierre et l’eau se rencontrent de bien des manières, agencements imaginaires dans le regard d’un enfant, mémoire actualisée d’un affrontement et d’une collaboration d’où naît, chaque fois, un bonheur fugace, évoquant irrésistiblement les travaux plastiques célébrés des « Archéologies intérieures » de Jean-Paul Philippe, ou ceux, un peu moins connus, de Pierre Martin.

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Une rencontre poétique d’une charmeuse puissance.

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Pierre Martin, « Snake Campan »

« Le schiste terne sous mes doigts,
pulvérulent parfois, souvent squames
de la terre, peaux mortes comme souvenirs.

Ces gens, ce qui les aurait rendus heureux,
je voudrais pouvoir le formuler pour eux
qui n’avaient que les mots –
on connaît leur béance et le vertige
incontrôlable, l’éboulis qu’ils déclenchent
quand plus rien ne les habite.

Quel fut l’espoir de l’un, que l’autre
a quelquefois épousé, puis abandonné ?
Il brille seul à présent, miette de mica
près de tuiles désarticulées,
parole imprononcée qu’un seul midi
peut encore m’indiquer.
Puis-je redevenir enfant ? »

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Jean-Paul Philippe, « La déposition rouge »

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« Ce galet, sous l’ourlet du lac, ou du torrent,
et l’eau, un vent courant au-dessus,
je les regardais, unis, indéfaits,
un seul théâtre.

Aussitôt crevée
l’eau épousait mes doigts
du tranchant de son froid.

Mais la pierre, sortie de mon rêve,
exorbitée, rapidement séchée,
désertait le monde.

J’étais enfant, je croyais pouvoir,
donnant la pierre, offrir l’eau.

La nuit était telle qu’aussitôt rejeté
à l’eau le galet s’abîmait. »

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« Peut-être revenons-nous toujours, exilés,
de la pluie d’enfance, peut-être
ne s’agit-il qu’attendre de revoir
ces quelques flaques d’été,
cette lumière désirante d’un soir
déjà nostalgique.

Je surprenais
une ombre incomprise dans la rue,
démesurée par le lampadaire d’un village :
c’était déjà moi plus tard,
moi qui ne savais pas.

Le temps est un granit,
mais des failles s’ouvrent
comme s’enflent des cœurs,
et cette trace mouillée d’un pas immense,
on la reconnaît parfois. »

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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