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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Sahr, Champs de folie » (Koulsy Lamko)

Cinquante ans d’histoire du Tchad dans les songeries et les imprécations d’un ivrogne échappé par miracle de la morgue.

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Sahr_Champs_de_Folie

L’écrivain tchadien Koulsy Lamko (exilé depuis 1983 dans divers pays), surtout connu en Europe et même en Afrique pour son théâtre, s’est lancé avec « Sahr » (publié en 2011 aux éditions Kuljaama) dans son œuvre de loin la plus ambitieuse à ce jour. Annoncé comme le premier volume d’une trilogie, mais se lisant d’emblée très bien tout seul, il  s’agit tout de même de reparcourir cinq ou six décennies d’histoire tchadienne (voire africaine) par les yeux fantomatiques et la bouche vitupérante d’un probable ivrogne, échappé de justesse de la morgue où il avait atterri par erreur…

« De toutes façons, maintenant que la ville entière est convaincue de ton incinération, personne ne te cherche derrière ces lunettes coquilles de moules et ce bonnet velours, vert pomme lépreux. Tout au plus ta présence silencieuse, tes hardes nauséabondes intrigueront l’un ou l’autre de ces joyeux poivrots. Mais très vite, l’œil curieux te prendra pour un nouveau fou dans le quartier, t’assimilera aux autres détraqués de la cité. Désormais, tu feras partie du décorum. Sans plus ! »

« À cette époque-là, un adolescent, enfant prodige germé, poussé comme une herbe folle sur les détritus, ensorcelait cabarets, bar-dancings et terrains de sport. P’tit Gil qu’on l’appelait. Il n’avait jamais senti l’odeur d’une classe d’école de musique classique, n’avait jamais dessiné ni arpèges, ni clef de sol. Mais, allez-y entendre les soupirs de toutes les filles aux mœurs légères, les azaba gobees et les poules d’accueil qui voulaient vous le picorer lorsqu’il pinçait les cordes de sa guitare au bar Neloumta-Cécile. Elles étaient toutes folles de lui, caquetaient autour de lui, s’en balançaient la croupe avec plus de frénésie, gigotaient de plus belle, véritables prêtresses vaudou en transe. (…) Elles en oubliaient, pour les plus jeunes, le harcèlement des gobees, ces bérets verts de la Légion Étrangère Française qui écumaient la ville et les ramassaient pas paquets dans les jeeps gris-vert en direction de Camp-Doyaba. »

Maniant avec une adresse et une verve impressionnantes un ensemble de registres sérieux et comiques que ne renierait pas un Rabelais, usant d’énumérations, de poésies, de diatribes échevelées, de monologues intérieurs pleins de doutes et de brumes, avec de brillants échos d’Ahmadou Kourouma ou de Sonny Labou Tansi, Koulsy Lamko nous entraîne à sa suite, tourbillonnants, âge après âge, de « république du coton gangrène » en « république des bouviers nomadisants », en passant par les « temps de révolution culturelle », les « temps des chicoteurs », les « temps des mangeurs de rats à cramer » ou encore les « temps des clans pétroliers ». Un changement de dimension qui donne envie de suivre l’auteur très attentivement désormais !

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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