☀︎
Notes de lecture 2014, Nouveautés

Note de lecture : « Les rues de Santiago » (Boris Quercia)

Arnaques possibles et femmes fatales potentielles sur fond fiévreux de guerre des gangs au Chili.

x

les rues de santiago

Publié en 2010, traduit en avril 2014 chez Asphalte par Baptiste Chardon, le premier et seul roman à ce jour de Boris Quercia, surtout connu pour son travail de cinéaste (et tout particulièrement pour son célèbre film « Sexo con amor » de 2003), propose un très solide croisement de police procedural, de guerre des gangs et de possible arnaque avec femme fatale, dans l’atmosphère fiévreuse de Santiago du Chili et de Valparaiso.

Si l’écriture est, fort à propos pour un auteur baignant à ce point dans le film, d’une précision toute cinématographique, une bonne part de l’enchantement tient au principal protagoniste, Santiago Quiñones, dont le prénom pourtant bien biblique est nécessairement l’occasion de quelques jeux de mots ou quiproquos dans la capitale chilienne.

Flic efficace et courageux, charmeur, coureur, naviguant assez librement entre son amie permanente et quelques conquêtes occasionnelles, ne répugnant pas nécessairement à quelques combines enrichissantes « ne lésant personne », Santiago, au cours d’un assaut musclé contre un gang au cours duquel il est blessé, s’aperçoit un matin qu’une certaine fatigue s’est installée, vague à l’âme propice au vagabondage sentimental et à une certaine inquiétude, alors qu’une enquête de l’Inspection semble vouloir le viser à présent, avant qu’une vendetta bien réelle et une éventuelle arnaque à l’assurance ne s’en mêlent, alors que la violence de l’avidité peu bornée se fait désormais omniprésente.

Avec ce roman, Boris Quercia, comme ces derniers temps (et toujours grâce aux inspirées éditions Asphalte) l’Edyr Augusto de « Belém »ou le Leonardo Oyola de « Golgotha » (plutôt que celui de « Chamamé »), contribue nettement à démontrer que le noir polar, tout particulièrement lorsqu’il s’appuie solidement sur les éléments de police procedural fondés en leur temps par Ed McBain ou les Suédois Sjöwall et Wahloö, est peut-être le genre littéraire le mieux à même de montrer, in vivo, la mondialisation de la violence qui accompagne depuis quelques dizaines d’années la mondialisation de l’avidité : au fur et à mesure que les gangrènes mafieuses voient leurs formes d’expression converger à l’échelle du monde, parallèlement au cheminement des méthodes policières, les protagonistes sont contraints à la construction d’un for intérieur toujours plus résistant, toujours plus ancré dans leur spécificité culturelle et locale, incluant une bonne dose de désabusement, certainement, pour ne pas devenir robots, et fous. Et l’emblématique Salvo Montalbano d’Andrea Camilleri en est sans doute aussi l’un des symboles les plus éclatants.

Capture d’écran 2014-04-22 à 14.18.25

« Le camion est en retard. Je suis tout engourdi. Mes mains sont aussi gelées que mon pistolet. Elles vont se réchauffer vite fait avec le premier coup de feu. Je vais essayer de le toucher à la jambe, peut-être qu’il va tomber et lâcher son arme. Je n’ai pas envie de tuer qui que ce soit, pas aujourd’hui. J’entends le camion. Dans la boulangerie, la lumière de la petite fenêtre de la salle de bain s’allume, c’est notre signal. Le garde en train de fumer à la porte entend le camion lui aussi, il jette sa cigarette dans la rue et rejoint les autres rigolos de la bande à l’intérieur. Pendant un moment, il ne se passe rien. Le mégot fume deux mètres devant moi, au milieu de la rue, j’observe la fumée qui forme dans l’air une étrange figure bleue. Je pose mon doigt sur la détente, le retire. Ou alors peut-être dans l’épaule ; je vais lui mettre dans l’épaule, du côté où il tient son arme. Si je lui mets dans la jambe, il peut toujours me tirer dessus, même au sol. »

« En ce moment, une Subaru Impreza Turbo nous suit, je n’aime pas ça. García m’a bien dit de faire attention. Les Marcelos sont une bande qui travaille avec les Guateros. Ils leur transportent de la marchandise depuis le port jusqu’à Santiago. Les Marcelos ont été mis au courant de ma présence à Viña. Je ne sais pas comment. Les narcos sont comme une police parallèle. Des deux côtés, il y a des indics. Eux savent ce que nous faisons et nous, nous savons ce qu’ils font. Nous sommes comme de vieilles commères, toujours en train de nous espionner. Les Marcelos sont aussi jeunes que les Guateros. Ils sont passés de la dèche totale dans les bas-fonds de Valparaíso à la conduite de voitures de sport. Ils sont fous de bagnoles. Ils aiment la compétition. Ils aiment les courses clandestines. Beaucoup ont fini au fond d’un ravin à bord de leurs Mitsubishi volées, réduites en miettes. Ils ont la gâchette facile. Ils vivent vite et meurent tout aussi vite. »

Ce qu’en dit Yan sur son blog Encore du Noir est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

La photographie de Boris Quercia, ci-dessous, est d’Eleonora Aldea ©.

x

quercia par Eleonora Aldea

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :