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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « La porte du non retour – Carnet d’un voyage au Bénin » (Jean-Pierre Paulhac)

L’attachant « carnet romancé » d’un voyage au Bénin.

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Sous-titré « Carnet d’un voyage au Bénin », ce court premier roman de Jean-Pierre Paulhac, spécialiste en questions d’éducation, paru aux éditions du Cygne en 2008, vaut davantage qu’il n’y paraît au premier abord. L’histoire est en apparence un rien convenue : un coopérant français au Bénin, au mariage moribond, six ans après une unique aventure locale, reçoit la photo d’un enfant métis lui ressemblant sensiblement, part à la recherche de la mère, entre Cotonou et Parakou, et trouve sur place tout autre chose, fort notamment l’Amour avec un grand A…

L’auteur réussit cependant à transmettre de fort justes et fort jolies choses concernant l’Afrique en général, et le Bénin en particulier, dans une langue précise et souvent émouvante.

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Quelques brefs extraits :

« Les technocrates de la coopération se creusent davantage les méninges pour inventer des sigles plutôt que de pouvoir imaginer des remèdes un tant soit peu efficaces aux plaies récurrentes d’un enseignement africain saigné à blanc par les purges du FMI et vidé de sa substance par la montée exponentielle des boîtes privées, véritables usines à fabriquer des lauréats, selon une pure et franche discrimination sociale. »

« Mais finalement qu’est-ce qui vous plaît tant de revenir ici ? Nous tous, les jeunes, les intellectuels, on ne rêve que d’aller à Paris, et vous, vous venez nous voir dans notre crasse, dans nos villes sales, nos vies difficiles, sans moyens, sans rien… »

« Alors qu’est-ce qu’on dit en France de notre Bénin ? – Franchement, je vais vous décevoir, mais on ne dit rien. Pour la bonne raison que tout se passe bien : pas de famine, pas d’épidémie, pas de guerre ethnique,… Vous savez, on ne parle de l’Afrique que si les plaies du ciel tombent sur elle. Sinon, rien, aucun intérêt. Si, on a parlé du Bénin quand Sarkozy est venu, juste avant d’aller à Dakar. Mais c’est tout, c’était juste un intérêt franco-français pour le premier déplacement africain du président nouvellement élu. Voyez-vous, le malheur médiatique de l’Afrique c’est qu’on ne parle d’elle que si elle se noie dans le sang et les pleurs… »

Porte du Non Retour

« Le taxi s’arrêta au bout du chemin, au moment où commençait la plage. La mer ouvrait son sourire bleu devant nous. Mais entre elle et nous, se dressait le monument. Victoire me le montra du doigt, avec un ton particulièrement solennel : « La Porte du Non-Retour, Monsieur Philippe… Le monument pour commémorer tous ceux que vous avez déporté en esclavage… » (Le moment n’était évidemment pas opportun de lui rappeler le rôle de négociants avertis des anciens rois d’Abomey dans ce genre de commerce, défini comme triangulaire…). C’était un porche, reposant sur un socle, sur lequel on accédait par un escalier de quelques marches. Il se situait dans la perspective de la fin de la route et l’ouverture vers l’océan, l’horizon sans espoir des captifs. Des sculpteurs avaient fait figurer sur le fronton de la « porte », sur ses piliers, des images symbolisant la déportation. Foule anonyme nue et enchaînée, regardant devant comme dans le vide… Chaînes, fouets, tout l’attirail tragique du martyre… Des sortes de statues de fer forgé noir escortaient le monument de leurs silhouettes douloureuses, comme des fantômes veillant, de leur ombre figée, sur la mémoire des disparus. La description, transfigurée par l’art, de l’indicible, de l’innommable. On ne pouvait qu’être profondément touché, heurté, par le silence magistral qui enveloppait le monument, isolé au milieu de la plage, témoin muet comme en quête d’éternité… Le vent de mer commençait à défigurer les sculptures. Il polissait, de ses effluves salées, la dureté des contours, donnant à l’épreuve du temps la parure patiente de sa courbe érodée… Et cette nouvelle blessure ajoutait encore à la gravité du porche, comme si lui aussi devait subir la torture des éléments, ravivant, par là, les souffrances d’hier. »

Comme le dit avec pertinence la quatrième de couverture, à travers ce coopérant français qui découvre en quelques jours une Afrique qu’il ne connaissait pas, « on ne peut s’empêcher de donner à ce texte une portée symbolique : l’esquisse d’une autre relation entre la France et l’Afrique, au-delà de la tragédie de l’histoire et, vers un futur délivré des pesanteurs du passé, un nouveau départ fondé sur une relation assainie et positive. »

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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