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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Requins d’eau douce » (Heinrich Steinfest)

Un surprenant et wittgensteinien inspecteur autrichien qui réjouira celles et ceux qui aiment les enquêteurs carrément atypiques.

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requins

Publication de 2004 d’Heinrich Steinfest, un auteur autrichien jusqu’ici fort peu connu en France, alors qu’il compte une bonne douzaine de romans à son actif, traduit en français en 2011 par Corinna Gepner chez Carnets Nord, et paraissant prochainement en Folio Policier, ces « Requins d’eau douce » (auxquels on préférait toutefois le titre allemand, « Nervöse Fische », beaucoup plus en phase avec le final du livre) frapperont d’abord par la sauvage incongruité de leurs prémisses : dans une piscine au sommet d’un immeuble viennois, un cadavre est retrouvé déchiqueté… par un requin, évidemment absent !

Au-delà d’une enquête étonnante, c’est la force du personnage de l’inspecteur Lukastik qui réjouira le lecteur, et tout particulièrement l’amateur de commissaires rêveurs et déroutants à l’image de l’Adamsberg de Vargas, dont Lukastik pourrait constituer une sorte de double désenchanté et wittgensteinien. Bourré de secrets inavouables, de lubies surprenantes et irrespectueuses de la hiérarchie, d’intuitions parfois justes, de marottes plus ou moins mystiques, d’accès intempestifs de contemplation, ce policier sort de l’ordinaire pour nous emmener dans de bizarres marges, où l’irrationnel s’immisce – non sans que l’enquêteur autrichien, haïssant pourtant aimablement la littérature policière, n’y fasse régulièrement référence.

« L’homme qui était le chef leva les yeux vers le ciel. Pendant trente secondes et plus, il contempla les lourds nuages gris, leur pourtour changeant, l’étirement de petits bras et de tentacules qui s’évanouissaient aussitôt ou se détachaient pour mener, l’espace d’un instant, une existence autonome. »

nervöse

« Lui-même observait ce phénomène avec une stupéfaction contenue. Chacun de ses mouvements trahissait une légère incertitude. Cet homme semblait marcher sur le fil de ses propres doutes – en vacillant, mais non sans habileté. Voilà en quoi consiste l’art du funambule : la perfection dans l’incertitude. »

« Lukastik posa le livre mince sur la table, contempla un instant sa jaquette usagée, plaça sa main sur la surface rouge et se sentit incroyablement paisible. Autour de lui se fit un silence où seuls les mots et les phrases du « Tractatus » crépitaient légèrement. (…) Lukastik sourit. Dans son crâne, le poisson nettoyeur nageait, tranquille. »

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Le final de l’enquête mérite certes le détour, mais là n’est pas vraiment le propos : une riche galerie de personnages que l’on hésite à qualifier de secondaires, et un inspecteur totalement hors normes, voilà qui fait ici notre bonheur car, comme le répète souvent Wittgenstein à l’oreille du héros : « Il n’y a pas d’énigme ».

Ce qu’en dit ma collègue et amie Charybde 7 est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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