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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Makers » (Cory Doctorow)

Roman captivant : le rôle socio-économique de l’innovation, dans le futur proche cher à Doctorow.

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LECTURE À PARTIR DE LA VERSION ORIGINALE

Makers

Publié en 2009, soit un an après « Little Brother », et non traduit en français pour l’instant, « Makers » poursuit le travail de mise en fiction des préoccupations techno-sociétales de Cory Doctorow, dans une veine similaire à ses romans précédents, et toujours avec le même intérêt.

Dans un futur proche, deux innovateurs de génie, inlassables, développent une nouvelle approche de fabrication d’objets à partir de déchets et d’imprimantes 3D, qui manquent révolutionner de fond en comble l’économie, avant d’échouer. Quelques années plus tard, le hasard de leurs créations fait d’eux un concurrent redoutable, et toujours « en réseau libertarien », des parcs à thème Disney, dont certains dirigeants vont mettre en œuvre de terribles ripostes, avant que tout ne se « calme » à nouveau, et que la quête instinctive et forcenée de l’innovation « cool » à impact sociétal ne reprenne, encore et toujours…

Un livre passionnant.

Autant par ce qu’il dit, creusant puissamment le techno-libertarien « sillon Doctorow », autour du rôle social et économique de l’innovation technologique (et de la culture geek / nerd qui lui est associée), de la récompense humaine et financière de la créativité, des approches communautaires et en réseau, du conflit entre liberté et propriété intellectuelle, et enfin du rôle mortifère des grandes firmes, avec leurs désormais obsessionnels comportements de prédation et de refus absolu du risque juridique – et des États, largement considérés comme à leur service, et fondamentalement liberticides…

Que par ce qu’il ne dit pas, voile ou oublie, tant l’idiosyncrasie du capitalisme libertaire est marquée chez l’auteur : caractère inéluctable de la misère, qui ne se résout au fond, tant bien que mal, que par l’initiative entrepreneuriale individuelle ou par micro-groupes, n’acquérant leur modeste pouvoir que par la mise en réseau ; obsession de la « survie financière » dans un monde coûteux et globalement dangereux ; occultation de l’exploitation automatiquement induite par le « calcul économique » nécessaire au développement de l’innovation de masse, dès qu’elle émerge de son héroïque phase artisanale ; ou encore conflit insoluble entre logiques de management créatif et de gestion financière…

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Maîtrisant parfaitement – à la différence de trop d’auteurs européens, et de beaucoup d’auteurs « classiques » américains, qui y projettent souvent davantage de fantasmes que de réalités – l’univers des entreprises, petites cellules innovantes comme immenses conglomérats sur-juridisés et sur-administrés, leurs codes, leurs « façons d’exister », Cory Doctorow atteint aisément un très haut degré de « vérisimilitude », procurant ainsi un puissant stimulant intellectuel pour toute tentative d’appréhension des évolutions techno-sociétales actuellement à l’œuvre un peu partout dans le monde. En revanche, deux faiblesses continuent à mon sens à l’empêcher de toucher au véritable chef d’œuvre universel : d’abord, une tenace méconnaissance du monde hors États-Unis, Canada et Angleterre, qui, réelle ou affectée, lui fait manier les clichés à la tonne dès qu’il parle de Russie, de Chine ou de Brésil ; ensuite, un refus viscéral et idéologique de prendre en compte la composante d’exploitation intrinsèque au capitalisme, fût-il « adouci » (et encore…) par la lutte contre le pouvoir des vastes multinationales et d’États qui seraient à leur service quasi-exclusif…

Au total, y compris lorsqu’on ne partage pas les partis pris idéologiques de l’auteur, sa curiosité, sa verve, sa capacité à mettre en scène des pensées prospectives parfois complexes font de cette lecture une expérience particulièrement stimulante, à recommander sans barguigner.

« Kettlewell blew out a long breath. ‘OK, table it. Table it. Here’s what I’ve been pulling together: we’ve got a shit-kicking corporate firm that used to handle the Kodacell business that’s sending out a partner to go to the Broward County court this morning to get the injunction lifted. They’re doing this as a freebie, but I told them that they could handle the business if we put together all the rides into one entity.’
Now it was Perry’s turn to boggle. ‘What kind of entity?’
‘We have to incorporate them all, get them all under one umbrella so that we can defend them all in one go. Otherwise there’s no way we’re going to be able to save them. Without a corporate entity, it’s like trying to herd cats. Besides, you need some kind of structure, a formal constitution or something for this thing. You’ve got a network protocol, and that’s it. There’s money at stake here – potentially some big money – and you can’t run something like that on a handshake. It’s too vulnerable. You’ll get embezzled or sued into oblivion before you even have a chance to grow. So I’ve started the paperwork to get everything under one banner.’

Un bel entretien à propos de cet ouvrage entre Cory Doctorow et Michelle Pauli, du Guardian, est ici (en anglais). Ce qu’en dit Stéphane Gallay, en français, est . Et ce qu’en dit Anil Menon (en anglais) dans Strange Horizons est là-bas.

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cory doctorow

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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