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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « La brèche » (Vladimir Makanine)

Superbe allégorie de la fin du monde soviétique, et des « hauteurs béantes » qui menacent aussi nos sociétés.

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Publié artisanalement en russe en 1991, et dès cette époque en français chez Belfond (et réédité chez L’imaginaire de Gallimard en 2007 dans la traduction de Christine Zeytounian-Beloüs), ce court roman de Vladimir Makanine constitue sans doute le meilleur « point de contact » avec l’auteur du monumental « Underground, ou un héros de notre temps ».

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Auteur d’un premier roman en 1965, avant de passer 25 ans comme interdit de publication, confiné dans le grand placard brejnévien, aujourd’hui prolifique et canonisé de son vivant, Makanine signe avec cette fable allégorique un brutal réquisitoire contre la fin de règne soviétique, en même temps, sans doute, qu’un livre universel parlant de glaciation sociale.

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Dans une Moscou assombrie, peu à peu privée d’électricité, hantée par les privations du quotidien, par des mouvements de foule brutaux et aveugles, et par des voleurs, pillards et profiteurs du crépuscule, le héros Klioutcharev, sans doute intellectuel « déclassé », est l’un des derniers à pouvoir se déplacer entre la surface, décrépite au bord de la perdition, et le vaste espace souterrain où sont réfugiés, dans un indéniable confort, intellectuels et petits nomenklaturistes… Pour passer d’un monde à l’autre, il doit se faufiler par une « brèche », étroit boyau creusé dans le sol, chaque jour plus difficile d’accès, chaque jour lui laissant davantage de meurtrissures au passage. Jusqu’à ce qu’un jour le chemin s’efface ? Ou jusqu’à ce que la surface soit livrée au chaos final ? Une touche finale de bienveillance, dans la dernière page, ne permet pas de répondre…

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« Il n’a pas besoin de la pelle ni du pic pour le moment. La pioche, en revanche, lui est tout de suite utile : ce n’est pas pour rien qu’il s’est donné tant de peine pour la ramener et qu’il se l’est presque enfoncée sous la clavicule. Il se met au travail. Cette idée légèrement douteuse est une sorte de dernier recours : à défaut de s’unir avec d’autres personnes, il peut au moins créer cet abri pour lui et sa famille, au cas où continuer à vivre en appartement deviendrait impossible. Klioutcharev creuse. Il retire son pull. Il ne veut pas s’arrêter avant d’avoir épuisé son regain d’énergie. Maintenant (toujours sans marquer de pause) il prend la pelle. La terre retombe en mottes et s’égrène ; Klioutcharev égalise l’espace grossièrement creusé à coups de pioche. Il taille soigneusement les angles et remarque que le résultat évoque pour le moment un terrier ou même le trou par lequel il a eu tant de peine à remonter. Oui, il copie malgré lui. »

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Si l’allégorie kafkaïenne frappe durement feu l’impasse soviétique, elle pointe aussi subrepticement, et c’est sans doute plus paradoxal, vers la différenciation croissante entre l’univers du « commun » des démocraties modernes et celui des « riches », véritables bénéficiaires de la furia néo-libérale, et – surtout – de l’incommunicabilité croissante entre ces mondes, malgré les tentatives de quelques « bonnes âmes » de maintenir un lien…

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La recension de Russkaya Fantastika est ici. Celle de Cédric Rétif dans le Fric Frac Club est .

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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