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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Des chaussures pleines de vodka chaude » (Zakhar Prilepine)

Onze nouvelles de boue, de vodka, de sang, d’amitié, d’amour, de comique sordide et de tragique spiralé.

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Des chaussures

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Paru en 2011 en France chez Actes Sud dans une traduction de Joëlle Dublanchet, ce recueil de nouvelles de 2008 de l’écrivain, longtemps national-bolchevik (il s’en est détaché, sans renier ses engagements, depuis 2011 environ), Zakhar Prilepine, description sans fard de la Russie contemporaine comme à l’accoutumée, nous rappelle aussi que, y compris sous cette forme courte, le rude pourfendeur de l’Occident libéral et du poutinisme corrupteur écrit diablement bien.

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Onze nouvelles, allant de l’apparemment anodin au brutalement tragique, parmi lesquelles je distinguerai plus particulièrement la faussement détendue « Un récit de garçons », la terrible « Slavtchouk », toute en violence contenue, la magnifique « Un héros de rock’n’roll », la curieusement littéraire et politique « Des chaussures pleines de vodka chaude », « Le meurtrier et son jeune ami », aux allures de fable moderne, et enfin, la campagnarde « La grand-mère, les guêpes et la pastèque ».

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« On a eu les deux premiers morts dès qu’on est arrivés. Les gars étaient assis sur le blindage et ils ont roulé sur une mine. Le commandant a été tué et aussi un type qui s’appelait Tolian. Moi, je m’appelle Serioga, on me surnomme le Gris. J’ai vengé notre commandant à la première zatchistka. Je ne leur demandais même pas leur nom, aux Tchétchènes. » (« Slavtchouk »)

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« Slavtchouk dort sous la terre avec sa dent en or, et à propos de ses enfants, je sais qu’il avait tout inventé. En fait, cet homme-là était complètement fou. » (« Slavtchouk »)

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« L’homme que j’allais rencontrer aujourd’hui – celui à la tête bouclée – était peut-être l’une des trois stars de rock les plus volcaniques et géniales de ces années-là. A cette époque, son visage avait un reflet de bronze noir, et sa voix évoquait le grondement métallique d’un métro qui fondait sur vous ; elle avait en outre des accents tellement sombres, que ce train donnait l’impression de rouler dans une totale obscurité, et que, plus jamais, il n’y aurait de lumière. » (« Un héros de rock’n’roll »)

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« Les videurs apparurent et me prirent tendrement par les bras. Les chaussures étaient noires à présent sur la table. Je me retournais plusieurs fois pour les regarder, comme si j’attendais qu’elles me suivent. Mais il n’en fut rien. La porte s’ouvrit devant moi et m’éjecta dans les lumières, le vacarme, et l’agitation. Je sortis dans Moscou pieds nus. C’est moi qui écrivis ce récit le premier. J’avais gagné. » ( » Des chaussures pleines de vodka chaude »)

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« D’autres [balles] avaient atteint son gilet, et plusieurs de ses organes avaient dû exploser sous la violence des impacts, mais personne n’eut l’idée d’examiner ses organes : il suffisait amplement à chacun de savoir que le Primate avait couru un certain temps avec un œil en moins, et avec un morceau de plomb brûlant dans la tête. » ( » Le meurtrier et son jeune ami »)

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« Les pommes de terre s’éparpillaient dans les sacs, avec, cette fois, un bruit sec, doux, presque un roucoulement. Ces sacs dégageaient une odeur de poussière et d’humidité. Ils avaient passé, en tas, tout l’hiver dans la grange. Ils étaient aussi déchirés, mais pas beaucoup ; quelquefois, d’un trou sur le côté s’échappait une petite pomme de terre écervelée. Quand on soulevait le sac, elle sautait et se retrouvait immédiatement enterrée dans la terre noire et molle, et c’était comme si elle n’avait jamais existé. » ( » La grand-mère, les guêpes et la pastèque »)

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Peut-être moins flamboyant, mais certainement plus dense, que les romans de Prilepine, ce recueil vaut le détour, si l’on ne craint pas trop la boue, la vodka, et le sang des échauffourées ou des combats, bien entendu…

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Ce qu’en dit Véronique Poirson dans les Huit Plumes est ici. Ce qu’en dit Claire Teysserre-Orion dans la Cause Littéraire est . Ce qu’en dit Claire Devarrieux dans Libération est là-bas.

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