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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Lavinia » (Ursula K. Le Guin)

L’art de traiter du « grand » en affectant de parler du « petit », comme souvent chez Le Guin.

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Lavinia

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Dernier livre en date de la grande Ursula K. Le Guin, publié en 2008 (et début 2011 en France, chez l’Atalante dans une traduction de Marie Surgers), « Lavinia », couronné également du prix Locus en 2008 (le prix que je trouve de loin le plus fiable dans l’univers anglo-saxon de la science-fiction et de la fantasy), compte parmi ces réussites littéraires qui marquent profondément.

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Développant avec une grande finesse et quelques partis pris (assez proches au fond de ceux du Baricco de « Homère, Iliade » – tout cela étant expliqué dans une précieuse postface) le personnage de Lavinia, épouse latine d’Énée selon Virgile, l’auteur reconstruit les origines mythico-historiques de Rome, d’un point de vue féminin bien particulier, lui permettant de souligner avec subtilité le contexte politique, social, religieux et humain de cette « fondation », en insistant notamment, par petites touches, sur les profondes différences entre la construction sociale grecque, et celle, en gestation, de la future Rome.

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« Tous les ans, au printemps, comme tous les chefs de famille du Latium, mon père parcourait sa maison à minuit avec neuf fèves noires dans la bouche, et quand il les recrachait, il disait : « Ombres, partez ! ». Et les fantômes qui infestaient la maison mangeaient les fèves avant de retourner sous terre. »

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Lavinia-by-Ursula-Le-Guin-001

« Et au crépuscule de l’aube, le lendemain, seule, à genoux dans la boue du Tibre, j’ai vu les grands navires virer pour pénétrer dans le fleuve. J’ai vu mon mari sur la haute proue du premier vaisseau, même si lui ne m’a pas vue. Absorbé dans ses prières et ses rêves, il contemplait le fleuve sombre devant lui. Il ne voyait pas les morts qui bordaient le cours du fleuve à perte de vue, jusqu’à Rome. »

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« Mais à présent la sensation d’être prisonnière avait disparu, en même temps que la honte impuissante. La même certitude qui brillait dans les yeux de mon père m’emplissait moi aussi. Tout se passait comme il se devait et, en me laissant porter par les événements, j’étais libre. Le fil qui me liait au mât avait été tranché. Pour la première fois, j’ai su ce que voulait dire voler, suivre mes ailes à travers les airs, à travers les ans à venir, aller, continuer. »

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À travers cette figure par moments aussi essentielle qu’une Antigone dans son sens de « ce qui doit être fait », on parcourt aussi bien les phénomènes de « xénophobie instinctive » (et le rôle de l’individu pour lutter contre cela), l’utilisation de la confusion et du mensonge en propagande politique, ou encore la conception (« ultra-moderne ») du rôle véritable d’un « chef ». Comme souvent chez Le Guin, on est aussi frappé du regard aigu posé sur les phénomènes religieux, durement critiqués, mais toujours respectés.

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Enfin, on ne peut que s’émerveiller à nouveau de cet art permettant à l’auteur de toujours traiter de « grands » sujets en affectant de se pencher sur de « petites » et quotidiennes choses… Et de la part d’une dame de 80 ans, s’il vous plaît…

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La photographie d’Ursula K. Le Guin ci-contre est de Michael Buckner (Getty Images).

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L’enthousiaste critique détaillée de Nébal, qui m’a donné envie il y a quelques mois de lire au plus vite ce bijou, est ici. L’excellente critique de Charlotte Higgins, dans The Guardian (en anglais, donc) est .

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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