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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Enquête sur la disparition d’Émilie Brunet » (Antoine Bello)

Duel de cerveaux avec handicap, parodie et hommage à Agatha Christie, ou réflexion sur la nature même du récit ? Brillant.

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Emilie Brunet

Avec ce nouveau roman paru en 2010 chez Gallimard, Antoine Bello nous livre à la fois, quelque peu paradoxalement, un parfait contrepoint et une poursuite amplificatrice de son diptyque « Les falsificateurs » (2007)/ « Les éclaireurs » (2009).

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Jadis brillantissime enquêteur, le retraité Achille Dunot est désormais affecté d’une étrange forme d’amnésie, l’empêchant chaque jour de fixer ses souvenirs de la veille, et le condamnant à noter sans cesse sur un cahier les éléments essentiels de ses journées. Malgré ce handicap, son vieil ami Henri, chef de la police, sollicite son aide officieuse pour élucider la disparition de l’épouse d’un bien curieux médecin, notable à l’ego hypertrophié et à l’esprit redoutablement acéré.

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« Quelque chose me dit que je dois écrire, que c’est ce que j’ai de mieux à faire en attendant de rencontrer Claude Brunet. Mais écrire quoi ? Mes impressions sur l’affaire ? C’est un peu délicat : je ne dispose à ce stade que du récit d’Henri ou, pour être exact, de ce que j’ai jugé important de retranscrire parmi ce qu’il considérait pertinent de me dire. »

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Bien entendu, le fameux, cahier, témoin des réflexions du narrateur, est soumis à ratures, gommages, effacements et réécritures, au fur et à mesure que l’enquête progresse, et qu’Achille Dunot, lui-même doté d’un ego digne de son référent Hercule Poirot, décide de revoir ses notes précédentes, ce qui peut alors, pour le moins, troubler le lecteur… et le faire douter à son tour.

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Sous couvert d’une enquête policière, résonnant avec l’étrange fait divers français bien réel de l’affaire Suzanne Viguier, et d’un hommage profond et érudit à Agatha Christie (et indirectement au Gene Wolfe du « Soldat des Brumes », dont le héros souffre aussi d’amnésie antérograde, et à Pierre Bayard, d’ailleurs cité dans les notes finales, dont le « Qui a tué Roger Ackroyd ? » éclaire une partie du roman), nous prenons part à une ample réflexion sur la nature de l’écrit et sur la capacité des mots à façonner la réalité. Vertigineux par moments, et jouissif.

Il s’agit d’un livre qui se relira vraisemblablement plusieurs fois : le nombre important de « détectandes » (le mot est expliqué dans le livre) à l’intention du lecteur attentif ne peut pas être épuisé en un seul passage, loin de là…

Moins épique que les deux ouvrages précédents, moins planétaire, moins jubilatoire, indéniablement. Beaucoup plus ambitieux au plan littéraire, tout aussi indéniablement. Plaisir intellectuel, comme on s’y attendait, et plaisir émotionnel, comme on s’y attendait beaucoup moins.

Avec sa conclusion à la brève apparence de pirouette, qui nous place en réalité juste au bord du gouffre, il s’agit à coup sûr du meilleur roman d’Antoine Bello à ce jour.

Le bon article du Magazine Littéraire est ici. L’intéressante chronique d’Yspaddaden est .

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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