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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « L’armée illuminée » (David Toscana)

Baroque épopée de la reconquête mexicaine du Texas par 5 enfants et leur mentor marathonien.

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l'armée illuminée

Paru en 2006 (en 2012 chez Zulma pour la belle traduction française de François-Michel Durazzo), le septième roman du Mexicain David Toscana est un étrange régal.

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Ne se remettant pas d’un échec de jeunesse dans un étonnant « marathon à distance », n’acceptant pas l’historique remise du Texas aux Américains, un Mexicain se lance à la reconquête de Fort Alamo, avec son armée de… cinq pré-adolescents gentiment « illuminés », qui le suivent dans cette baroque équipée…

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Récit d’une folle tentative guerrière, où l’ironie la plus pince-sans-rire côtoie en permanence le tragique le plus obsédant, rythmé par les obsessions sportives du chef comme par les doutes et les abnégations des enfants, cette croisade provoque d’abord une certaine incrédulité chez le lecteur, avant que la force de conviction de ses protagonistes n’emporte la décision, et fasse partager pleinement cette épopée lunatique…

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Du grand art, une fois que l’on est entré dans la danse.

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« Ils vont tous les trois jusqu’à la grille de devant regarder l’animation de la rue Hidalgo. Un autobus de la ligne n°1 s’arrête pour prendre une dame chargée de sacs à commissions et repart en crachant de la fumée blanche. Il va prendre feu, dit Comodoro, sans que la dame puisse sortir. Qu’est-ce qu’elle porte dans ses sacs ? demande Azucena. Une livre de jambon, dix saucisses, un pot de crème, un autre de café, du sucre, des concombres, des tomates et une laitue. Aussi un cahier, dit El Milagro. Et tu ne vas pas la sauver ? Ce n’est pas possible, répond Comodoro, l’autobus est déjà loin et le temps que j’arrive, la dame ne sera plus qu’un tas de graisse en train de grésiller. Elle a voulu s’échapper comme tout le monde, mais elle n’a jamais lâché ses sacs, c’est pour ça qu’elle occupait beaucoup d’espace dans le couloir, les gens perdant tout espoir de s’en sortir, un homme lui a donné un coup de poing et l’a renversée pour que les autres lui passent sur le dos. Ses sandales ont été les premières à brûler, elle a crié sans arrêt parce que ses hanches étaient bloquées entre les sièges, ensuite sa robe s’est enflammée, les personnes à l’extérieur de l’autobus l’ont entendue appeler à l’aide, et, pour que sa mort ne soit pas si triste, la dame a mis la main dans l’un de ses sacs et s’est mise à manger un concombre. Sa mort me paraît encore plus triste si elle mange le concombre, dit El Milagro, au début j’ai trouvé bien que la dame brûle, mais maintenant ce corps à moitié dans les flammes qui mord dans un concombre, ça me donne envie de pleurer. Je pense pareil, dit Azucena en s’agrippant à la grille qui donne sur la rue, si tu ne vas pas la sauver, laisse-la brûler sans rien mordre. »

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« Et moi je peux y aller ? Comodoro a tardé à poser la question, elle lui trotte dans la tête depuis le moment où il a entendu Matus parler de cette armée en marche vers le Texas, il s’est mis devant le miroir, s’est déshabillé et s’est répété des dizaines de fois qu’il avait un corps de guerrier. Il a imaginé qu’on le lui proposerait, mais, à présent, on lui demande de donner son opinion sur une affiche qui invite quelqu’un, pas lui. Je peux y aller ? insiste-t-il, je veux y aller. Non, Comodoro, toi, tu dois rester pour garder la maison, car c’est ici que commence la patrie. En prononçant cette réponse, pourtant précise dans son esprit, Matus la trouve stupide. Ne me parlez pas comme à un idiot, dites-moi la vérité. Tu n’y vas pas parce qu’on ne vaut pas grand-chose sur l’échiquier militaire, quand on n’est pas capable de jouer aux dominos. Cette réponse-là, oui, elle est à ma portée, dit Comodoro. Il prend un feutre rouge pour allumer la mèche et monte en courant les escaliers pour vider sa colère. »

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« Comodoro s’empare de la carabine et dit que c’est son tour. Il sait qu’il doit éliminer l’ennemi parce qu’il n’aurait pas autant de chance que Cerillo, il deviendrait sur-le-champ une boule de matière grasse en feu sans un seul volontaire qui s’offre pour l’éteindre, son destin serait aussi indigne que celui de la femme aux concombres, ou pire, parce que cette nuit ses amis la passeraient à griller des saucisses et à chanter autour de l’inextinguible flambée de son corps. »

Un bref et efficace article de Sara Decoster, sur le site culturel de l’Université de Liège, est disponible ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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David_Toscana

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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