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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Et si les œuvres changeaient d’auteur ? » (Pierre Bayard)

Une nouvelle facétie de méta-littérature par Pierre Bayard, particulièrement réussie.

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Dernier livre en date (2010) de Pierre Bayard, qui poursuit sur la lancée du « Comment améliorer les œuvres ratées » (2000) et du « Plagiat par anticipation » (2009) en se proposant cette fois, dans la tradition du Pierre Ménard de Borges, de « relire » certaines œuvres en ayant changé leur auteur.

Après avoir « préparé le terrain » de son projet en nous entraînant à sa suite dans les auteurs inconnus (Homère était-il en fait une écrivaine, avec Samuel Butler ?, Edward de Vere était-il Shakespeare ?), dans les attributions spéculées (« Dom Juan », de Pierre Corneille) ou dans les doubles littéraires (Gary / Ajar, Vian / Sullivan, ou le plagiat surréaliste par anticipation de Lewis Carroll), il nous conduit dans le vif du sujet… « L’Etranger » de Kafka ou « Autant en emporte le vent » de Tolstoï sont bons, mais à la limite un peu évidents. Les choses se corsent, et deviennent franchement hilarantes avec l’échange des deux Lawrence de « L’amant de Lady Chatterley » et des « Sept piliers de la sagesse », puis avec « L’éthique » de Freud et « Le cuirassé Potemkine » d’Hitchcock.

Parmi bien d’autres, deux exemples issus de ces analyses, toujours aussi sérieuses en apparence, et toujours aussi drôles :

« Aussi étrange que des textes comme « Totem et tabou » ou « Moïse et le monothéisme », l’ « Éthique » nous révèle ainsi un autre Freud, plus secret, moins scientiste que le Freud officiel, contempteur de la religion, un Freud qui s’efforce de dépasser les contraintes de la science pour retrouver ses racines juives et tenter de réconcilier la psychanalyse avec une forme minimale de croyance. »

Ou encore :

« Il y a donc bien une veine historique d’une grande constance dans l’œuvre de Hitchcock, même si elle n’est pas prédominante. Ne voir en lui, comme on le fait la plupart du temps, qu’un cinéaste désincarné et an-historique, préoccupé essentiellement de raconter habilement des histoires policières et de mettre en scène des blondes énigmatiques, relève donc d’une profonde méconnaissance de son œuvre. »

Pierre Bayard poursuit ainsi, au prix de quelques inégalités de ci de là, son précieux travail de mise en perspective des apports, des abus et des limites de la critique, de la glose, de l’exégèse, en associant étroitement humour pince-sans-rire, farce et sérieux érudit implacable. Un grand Bayard que celui-ci !

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pierre bayard

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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