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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Gains » (Richard Powers)

Une grandiose et rusée saga industrielle… et un peu plus.

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Publié en 1998 (en 2012 en français, au Lot 49 du Cherche-Midi dans une traduction de Claude Demanuelli), le sixième roman de Richard Powers est à la fois d’une redoutable simplicité et d’une habile composition.

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Sans doute un peu linéaire malgré sa ligne médicale de contrepoint, il décevra peut-être (un peu) les amatrices et amateurs de ses travaux plus récents ou des « Gold Bug Variations ».

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En retraçant pas à pas l’histoire économique et industrielle d’une entreprise de savon aux États-Unis, de ses débuts en 1800 jusqu’à l’époque contemporaine, de son début très modeste à son apothéose en vaste multinationale mondialisée, Richard Powers dresse bien une grandiose saga micro-économique du capitalisme libéral, de sa formidable capacité à créer de la « richesse » et du « progrès », comme de sa non moins extraordinaire propension à engendrer des « dégâts collatéraux »..

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Toute sa finesse consiste néanmoins, en se gardant d’adopter un autre ton que celui du récit, du constat ou de l’ironie légère, à donner à Schumpeter, et à son panégyrique de la création destructrice, la rédaction du gros des couplets, mais à toujours laisser Marx, et son actif rappel de l’humain victimisé au passage, conclure chacun d’entre eux.

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Sous forme de la terrible lutte, toute contemporaine, d’une mère de famille se battant pied à pied contre son cancer des ovaires – peut-être lié à des émissions issues de l’entreprise en question, le refrain en revanche reste confié à Paul Ehrlich, le père de la chimiothérapie, dont peu de détails du protocole ici mis en œuvre nous sont épargnés, rythmant tout le récit en un prosaïque et sombre leitmotiv.

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Une lecture que l’on aurait tort de ranger trop rapidement dans le superflu, car elle parvient sensiblement au-delà du simple rappel utile à la réalité.

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« La dure nécessité entraîna cependant Lacewood bien au-delà des plus folles inventions de Peoria. Longtemps avant la visite d’inspection, qui devait avoir lieu en août, Lacewood endigua le cours de la Sawgak, juste en amont de la ville. D’ordinaire, c’est à peine si son pitoyable filet d’eau parvenait à mouiller la poussière accumulée sur les moustaches d’un rat musqué. Mais pendant quatre jours e
xtraordinaires, dans la canicule de cette fin d’été, la ville put s’enorgueillir d’un véritable petit torrent de montagne.

Lacewood plaça en quelques points stratégiques des pêcheurs qui pouvaient passer, en fonction de la lumière, soit pour des chefs d’entreprise soit pour de simples sportifs et qui s’affairaient avec une régularité suspecte pour sortir de l’eau toute une ribambelle de gros brochets : voilà qui s’appelait vivre sur le pays, voilà une nourriture qui ne demandait rien à personne qu’un honnête labeur.

Mr Clare ne put demeurer insensible au fait que l’Esox lucius, l’espèce que pêchaient ces hommes avec une régularité d’horloge dans ces rapides parfaitement artificiels, ne s’était jamais aventuré de son plein gré au sud du Minnesota. Il admira le côté tout à la fois industrieux et pathétique du stratagème. Voilà des gens avec qui il allait pouvoir collaborer. Nul doute qu’ils ne verraient aucune objection à travailler pour lui. »

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« Pire, les bouilleurs, encouragés en cela par la décision de la Cour suprême du Massachusetts dans l’affaire Commonwealth vs Hunt, s’organisaient. Ils avaient commencé à donner de la voix en réclamant une journée de dix heures. Au plus grand étonnement de Resolve, la loi ne laissait plus les employeurs réprimer de tels mouvements. L’opinion majoritaire de la Cour, représentée par son premier juge, Lemuel Shaw, stipulait que les associations de travailleurs syndiqués et même les grèves étaient tout aussi sains que n’importe quelle opération sur le marché du travail – il ne s’agissait là, somme toute, que d’une autre forme de libre concurrence. »

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Ce qu’en dit Florence Noiville dans le Monde des Livres est ici, ce qu’en dit fort pertinemment Christine Marcandier dans Médiapart est , et ce qu’en dit André Clavel dans le Temps est là-bas.

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Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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