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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Berazachussetts » (Leandro Ávalos Blacha)

Une fable farceuse qui voit une zombie punk déclencher un cataclysme physique et social dans une ville argentine livrée aux machinations d’une handicapée conspiratrice.

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Ce court roman argentin de 2007, publié en français en 2011 grâce aux éditions Asphalte, dans une traduction d’Hélène Serrano, propose une fable d’allure débridée, mais au propos plus subtilement insidieux qu’il n’y paraît d’abord.

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Lorsqu’une zombie punk et obèse, se nourrissant de chair humaine, parvient à Berazachussetts, ville argentine quintessentielle, après bien des pérégrinations, pour y être quasiment adoptée par quatre enseignantes retraitées, le chaos va se déclencher rapidement, pour finir à une échelle proprement cataclysmique : midinettes âgées pétant les plombs (et de quelle manière), dames respectables dévastant de fond en comble un appartement, riches corrompus organisant des excursions chez les pauvres aux formes voisines du safari, handicapés d’apparence héroïque conspirant dans l’ombre la ruine de la cité,… tout un monde grouille et vaque pour que la farce trouve son accomplissement, pour notre plus grand bonheur.

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« Dora, Milka, Beatriz et Susana longeaient tranquillement un sentier dans le bois quand Dora s’arrêta, interdite, en désignant le bas-côté. « Quest-ce que c’est que ça ? Encore une femme violée ?  » Ses amies en savaient aussi peu qu’elle. Sous l’effet de la surprise, Milka avait laissé tomber le panier qui contenait le maté et les viennoiseries. Allongée par terre, le dos contre un arbre, il y avait une femme nue. « Si ça se trouve, c’est une pute, chuchota Dora. Regardez ses cheveux. » À vrai dire, s’il s’agissait d’une femme de la rue, elle se trouvait en pleine décadence. Elle était terriblement obèse ; ses cheveux étaient courts et d’un fuchsia intense. On l’aurait crue morte sans le mouvement de sa poitrine qui révélait sa respiration. À côté d’elle, les quatre amies se sentaient sveltes et belles. Ce qui les impressionnait le plus, c’était son torse nu, avec deux nichons gros comme des ballons de basket et de nombreux bourrelets de graisse qui retombaient en cascade. En dessous, elle portait des leggings en lycra couleur chair, qui lui donnaient l’air d’un gros insecte, et des rangers noires usées. »

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Sous les morceaux de bravoure échevelés, le propos n’est pas si rieur, et la postface, précieuse, nous confirme cette impression : « Leandro Ávalos Blacha inflige ainsi à la réalité une distorsion qui, à sa façon désinvolte, tourne en dérision mais n’en épingle pas moins une société où, à la veille du soulèvement social provoqué par la crise économique de 2001, s’exerce le cannibalisme des puissants envers les plus démunis. Une société lancée tout entière à la poursuite de modèles collectifs dont elle finit par n’être, sous sa plume, qu’une grotesque parodie : celle du « pays le plus européen d’Amérique Latine ». »

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Une nouvelle jolie réussite au crédit des éditions Asphalte !

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Ce qu’en dit ma collègue et amie Charybde 7 est ici, et ce qu’en dit Laurent Leleu dans le Bifrost n°65 peut être lu sur nooosfere, .

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Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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