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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Monné, outrages et défis » (Ahmadou Kourouma)

L’humour corrosif de Kourouma pour ce roman de la colonisation française en Afrique.

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Ce deuxième roman d’Ahmadou Kourouma, publié en 1990 après les 22 ans de silence ayant suivi le tonnerre du « Soleil des indépendances », se penchait à son tour sur la conquête et la colonisation française de l’Afrique de l’Ouest, à travers la figure à la longévité incomparable d’un souverain imaginaire du « nord du Pays », féru d’islam et d’animisme, qui décide, après la défaite de l’Almamy Samory en 1898, de collaborer avec les Français en échange de certains avantages, et au prix d’un incessant avalage de couleuvres (les « monné », concept traditionnel complexe, que l’on pourrait traduire approximativement par « hontes »).

Cette chronique de 70 ans de conquête et d’occupation françaises est redoutable… Si le ton est moins flamboyant que dans « Les soleils des indépendances », et moins en permanence jubilatoire que dans « En attendant le vote des bêtes sauvages », le long calvaire, cruel envers lui-même (mais plus encore envers les autres – à l’image de ces travaux forcés permanents, servant en partie à construire une obsessionnelle voie ferrée), de ce potentat traite avec finesse de la manière dont la souveraineté fut rognée, reniée, bafouée sans vergogne à chaque fois que possible avec la complicité active d’une  partie non négligeable des élites africaines (rappelant avec d’autres que même dans la colonisation, la lutte des classes n’est guère absente).

« Même un grand sacrifice n’avait pas pu et ne pouvait pas transformer les nazaréens ni adoucir leurs faits. C’étaient qui étaient désignés dans le Coran sous le vocable « égarés ». Ceux qui avaient délibérément choisi de posséder le monde au prix d’être voués à l’enfer le jour de la résurrection et qui pouvaient donc, ici-bas, se permettre toutes les inhumanités sans qu’aucun sacrifice puisse mieux les inspirer, les détourner, les dissuader, les moraliser. »

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Sous l’humour toujours apparent et les formules heureuses, un livre d’une grande dureté.

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Une pièce a été montée, à partir de ce roman, par Stéphanie Loïk, au Tarmac de la Villette en 2007, avec Hassane Kassi Kouyaté (dans le rôle du souverain Djigui Keita), Phil Deguil (jouant les Blancs) et D’ de Kabal (jouant l’interprète Soumaré).

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Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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kourouma

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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