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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Le jeu du cormoran » – Le rêve du démiurge 4 (Francis Berthelot)

Un démon aux multiples visages pour poursuivre le cycle du Démiurge.

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Avec « Le jeu du cormoran », en 2001 chez Fayard, Francis Berthelot ajoutait un quatrième tome à son cycle du « Rêve du Démiurge », après « L’ombre d’un soldat » (1994), « Le jongleur interrompu » (1996) et « Mélusath » (1999). Il est réédité ces jours-ci de 2017, par Dystopia Workshop et Le Bélial associés, au sein du deuxième tome de l’intégrale du cycle, sous une somptueuse couverture de Laurent Rivelaygue., aux côtés des tomes 5 (« Nuit de colère ») et 6 (« Hadès Palace »).

Août 1974. Le cirque Algeiba s’est installé sur la côte landaise. Il a planté son chapiteau, un grand volubilis de plastique, près du bourg de Gorsenos, à la lisière d’une forêt limpide et sombre. Chaque soir, tandis qu’affluent les marmousets du coin, il allume guirlandes et lampions par douzaines. Et les pins, élancés à défier le zénith, le protègent des bourrasques, au mépris de la sève qui saigne à leur flanc.
Boris Algeiba, le dompteur, a deux fils : Ivan et Maxime. Acrobates, écuyers, illusionnistes, ils ont acquis leur métier à l’âge où l’on apprend à lire. En ce temps-là, on les appelait les petits garçons de piste ; parfois les deux zouaves ; bref, on les aimait bien. On disait même qu’un jour, ils feraient la fierté de la tribu.
Seulement, l’adolescence les a vus s’affronter ainsi qu’un ours et un chat-tigre. Et les esprits malins, en attisant leur moindre désaccord, ont rendu la situation invivable. En général, c’est le plus âgé, Ivan, que l’on tient pour fautif. À dix-neuf ans, il passe pour un sauvage, et pire encore ; une brute dont la conversation, les mauvais jours, se réduit à des grognements. grand, tout en muscles, roulant sa caisse avec des yeux farouches, il arbore moustache longue, barbe courte et crâne rasé – sauf une touffe à la tatare. Bref, ce qu’il faut pour qu’on lui prête la sensibilité d’une statue. À sa vue, les gens songent plus aux crimes qu’il pourrait commettre qu’à la blessure ensevelie au fond de son âme.

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On y retrouve des personnages issus du « Jongleur interrompu » d’une part et de « Mélusath » d’autre part, dans une intrigue où le fantastique s’affirme de plus en plus, conduisant vers la sérénité un jeune acrobate irascible, en proie à la colère, et son ami(e) en quête de son identité sexuelle, sous la protection exigeante d’un étrange cormoran, et en luttant contre un authentique démon aux multiples visages.

La culpabilité est fille du Serpent. C’est une vipère transparente qui se glisse dans les âmes, si belle, si adroite qu’elle s’y fraie un chemin sans qu’on y prenne garde, donnant un coup de dent ici ou là, tandis que son venin propage le mal. Elle mord la nuit, au terme d’un rêve à la cruauté insidieuse; elle mord le jour à la faveur d’un souvenir, d’un parfum, d’une bribe de chanson; mais chaque fois, elle provoque les mêmes sueurs froides, les mêmes relents de honte.

On retrouve ici avec bonheur, peut-être encore davantage affinée, l’écriture envoûtante de Francis Berthelot, capable de s’emparer presque instantanément de situations simples en apparence, d’y projeter une formidable épaisseur emblématique à travers ses personnages, et d’atteindre ainsi rapidement, mine de rien, une dimension de fable mythique, à la temporalité flottante et aux déchaînements passionnés.

Et voici la chimère promise par la lune : immobile, juchée sur le plus haut des rochers, telle la figure de proue d’un voyage mythique.
C’est un cormoran… Mais Ivan n’en a jamais vu d’aussi près.
Si son plumage paraît noir, le moindre mouvement lui arrache des reflets d’un vert profond, teintés de violet. Sa gorge est blanche comme s’il gardait la marque de sa planète d’origine. Et sa posture, dans le faux-jour, lui donne l’air d’un funambule : ni couché comme les canards, ni debout comme les pingouins, il dessine avec son corps une oblique rare, inspirée par on ne sait quelle sagesse. À la venue de l’intrus, il déploie son cou et tourne vers lui un œil perçant.
Le jeune homme s’est arrêté. Il contemple l’oiseau avec un mélange de méfiance et de bonheur. Le sentiment d’avoir trouvé un ami inespéré… Le sourcil haut, il se remet en marche vers les rochers, aussi doucement que sa nature le lui permet.

Ce qu’en dit intensément le Cafard Cosmique est ici. Et dans Keep Watching the Skies, c’est.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici. Et le deuxième tome de l’intégrale est .

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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