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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Saisons sauvages » (Kettly Mars)

1962. Le duvaliérisme s’installe à Haïti. Ce terrible huis clos le dévoile avec une rare sauvagerie.

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saisons sauvages

Publié en 2010, le quatrième roman de l’Haïtienne Kettly Mars (que l’on retrouvait récemment dans « Haïti noir », la belle anthologie parue chez Asphalte) est une incursion décidée et extrêmement incisive dans les noires années du duvaliérisme en cours d’installation (1962-1963).

Nirvah, la magnifique femme de l’opposant politique Daniel Leroy, en apparence relativement modéré, découvre après sa disparition / arrestation, en lisant le journal intime qu’elle découvre par hasard, que son mari était beaucoup plus radical qu’elle ne le pensait, et fomentait bien un soulèvement contre l’horreur du régime en cours d’installation, comme le savait la police politique, opportunément renseignée par un traître chez les clandestins, et par un réseau d’indicateurs au quotidien déjà beaucoup plus développé et solide que ce qu’imaginaient les opposants…

Pour obtenir un assouplissement du régime réservé à son mari, Nirvah Leroy obtient un rendez-vous avec le tout-puissant secrétaire d’État en charge de la sécurité, qui, assez rapidement, fait d’elle sa maîtresse attitrée, en lui obtenant maints avantages et améliorations plutôt spectaculaires de sa vie, pour elle comme pour sa fille de 15 ans et son fils de 13 ans…

Mais la stabilité des cadres du régime est alors bien incertaine, et les sombres menées des dignitaires macoutes les uns contre les autres peuvent rapidement changer les situations de chacun, pour le meilleur ou pour le pire…

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Roman de l’espoir illusoire, de l’abus permanent du pouvoir, de l’horreur, de la lâcheté et de la compromission, il est servi par un très fort sens du récit et de la dissimulation (crédible) au lecteur : les dévoilements surgissant au fil des monologues intérieurs de ce noyau resserré de protagonistes (Nirvah, sa fille, le secrétaire d’État) sont en effet, comme le titre du roman, le laissait supposer, « sauvages » : la violence et la corruption morale tous azimuts ainsi mises en scène révèlent avec une force odieuse l’essence du duvaliérisme. Et comment chacun pouvait (et peut) y contribuer.

On lira avec profit sur des sujets voisins, traités sous le mode de l’essai roboratif et iconoclaste, l’excellent « Politique et crime » de Hans Magnus Enzensberger. La superbe analyse d’Yves Chemla dans Cultures Sud est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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mars

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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