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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Un Blanc » (Mika Biermann)

Une jouissive parodie des romans d’exploration polaire.

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Un-blanc

Publié en janvier 2013 chez Anacharsis, le troisième roman du Germano-Marseillais Mika Biermann insiste minutieusement en introduction sur la vérité et la réalité des faits et des témoignages ici patiemment assemblés pour se livrer à une joyeuse et débridée parodie du roman d’exploration polaire.

Montée sous l’égide d’un riche mécène pour célébrer comme il se doit le nouveau millénaire en tirant une fusée de feu d’artifice depuis le pôle Sud, l’expédition de l’Astrofant quitte Punta Arenas le 12 décembre 2000, en plein été austral, cap sur le continent glacé. Après un début de navigation sans histoires, les pièces du puzzle (récit d’Adolfin Smitt, chef de l’expédition, extraits des carnets de Hog Patier, cuisinier à bord de l’Astrofant, journal d’Arg Chant, premier officier de l’Astrofant, notes prises par le Dr Kora Pristine pendant son bref voyage sur l’Astrofant) nous racontent en bribes enchevêtrées et soigneusement déjantées l’incroyable destin de cette entreprise.

« Il est vrai qu’aujourd’hui, grâce aux avancées technologiques, aux satellites, aux brise-glace, un aspect ludique entre dans l’aventure ; il ne faut pas le renier. L’idée de fêter l’avènement du nouveau millénaire, lors du réveillon du 31 décembre 2000, avec un feu d’artifice au plus profond de l’Antarctique au cours de notre périple polaire n’était donc pas si absconse que ça. Le choix du pétard, de la bombe aérienne à faire exploser à minuit, fut le sujet d’âpres discussions. Finalement une entreprise spécialisée à Magdeburg (ex-RDA) fabriqua une comète de huit kilos sept cents grammes de matière active, contenue dans un mortier cylindrique de huit pieds de long en carton ciré pour raisons écologiques et pratiques (la coque en plastique ne permettant qu’une charge utile de huit cents grammes maximum), la mise à feu de la chasse s’effectuant par une mèche visco hydrofuge, avec une charge d’effet chrysanthème rouge, allumée à une altitude de trois milles par espolette double. On ne comptait envoyer que cette unique roquette. Une deuxième fusée était embarquée en cas de panne de la première. » (Récit d’Adolfin Smitt, chef de l’expédition)

Portrai

« Cuistot à bord d’un navire est une corvée, pas un honneur. La cambuse de ce rafiot ressemble à celle de tous les autres rafiots que j’ai connus dans ma vie : formica et bordures de zinc. C’est comme les caravanes ou les sex-shops. Quand on en a vu un, on les a tous vus. Quand on a navigué sur un bateau, on a navigué sur tous. La laque grasse qui couvre la ferraille m’a toujours dégoûté. Cette cuisine a quand même un avantage. Elle est séparée du carré par un sas de service qui se ferme de l’intérieur. Tout à l’heure j’ai claqué la lourde au nez du Patron qui s’amenait pour me passer un verre de blanc. Le blanc, d’abord, n’est bon qu’à préparer la blanquette. Il me donne des aigreurs. Si je dois boire du jus de raisin fermenté, je préfère le rouge, à défaut d’une petite fine. Ensuite c’était pour trinquer à l’aventure. L’aventure ! De nos jours l’Antarctique est truffé de stations, où des chercheurs japonais branlent des pilotes danois au sauna pendant que dégèlent des vol-au-vent au micro-ondes.  Les plate-formes pétrolières sont éclairées comme des arbres de Noël ; dans leurs salles surchauffées des hommes aux bras poilus, et même des femelles, jouent aux fléchettes. L’Antarctique a été traversé par des andouilles à cloche-pied, brandissant une publicité pour litière de chat. N’importe quel seigneur de l’apocalypse donne aujourd’hui une conférence sur le trou d’ozone en direct du pôle. Des conneries, tout ça. Couche d’ozone, cholestérol, vaches folles, préservatifs, Palestiniens : j’en ai rien à foutre. A la fonte des glaces je préfère la fente des grosses. Il y a deux femmes à bord : une spécialiste de microbes  dénommée Hanna, qui ressemble à une surveillante de piscine municipale, et une folle de poissons qui s’appelle Kora, un vrai hippopotame, deux cents livres de saindoux prêt à l’emploi. Pour un flan en rab elle me montrera peut-être son cul. En attendant, je cuisine. Au dîner ce soir : potage, boudin, cardes au jus, poires cuites. » (Extrait des carnets de Hog Patier, cuisinier à bord de l’Astrofant)

Sea Adventurer

Capitaine imprudent mais chanceux, officiers félons et fourbes, scientifiques perdus dans leurs limbes, survivalistes acharnés, cuisinier nain priapique, icebergs se scindant brutalement, glaces dérivantes, banquises traîtresses, stations scientifiques abandonnées, motoneiges à court de carburant, chiens de traîneaux salvateurs,… toute la panoplie endiablée des récits polaires est convoquée sous les ombres amusées de Robert Scott, de Roald Amundsen et d’Ernest Shackleton, empruntant au passage quelques jolis effets spéciaux aux films de série B friands d’indicible issu des étendues désolées battues par des vents déments. Pour le plus grand bonheur de la lectrice ou du lecteur, une véritable revue de détail, à la fois très drôle et éminemment, scientifiquement, managérialement,… sérieuse.

Il faut lire ce qu’en dit Guénaël Boutouillet, dans un beau rapprochement / échange avec le « Six photos noircies » de Jonathan Wable, sur remue.net.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

4 réflexions sur “Note de lecture : « Un Blanc » (Mika Biermann)

  1. Je suis dedans et me régale…

    Publié par Efelle | 6 octobre 2014, 12:58

Rétroliens/Pings

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