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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Je suis vivant et vous êtes morts » (Emmanuel Carrère)

Une remarquable biofiction de Philip K. Dick, dont la détermination dans la lecture orientée des données fait plutôt un beau roman qu’une véritable biographie.

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RELECTURE

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Publiée en 1993 au Seuil, cette « biographie romancée » en français de l’auteur devenu « culte » Philip K. Dick fut sans doute une étape importante dans la reconnaissance par le grand public de l’auteur américain, dont les lecteurs français de science-fiction furent parmi les plus précoces admirateurs, bien avant la tardive célébrité que lui apporta le « Blade Runner » de Ridley Scott, sorti quelques mois après sa mort en 1982.

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En revanche, comme de nombreux commentateurs l’ont signalé au fil des années, si elle figure toujours dans les classements officiels comme un « essai », accréditant donc l’idée que le travail objectif biographique l’emporte au sein de l’œuvre, il serait sans doute plus juste, aujourd’hui, de la considérer clairement comme une biofiction, voire un roman, car, si elle s’appuie en effet fortement sur le classique travail de Lawrence Sutin, « Invasions divines », publié en 1989 (en négligeant hélas totalement l’excellente thèse de doctorat de Kim Stanley Robinson, « Les romans de Philip K. Dick », pourtant publiée en 1984), la manière dont elle assemble les témoignages recueillis, les plaçant presque intégralement sous le signe de la psychanalyse de l’auteur et de la paranoïa, est nettement volontariste et orientée, aboutissant in fine  bien davantage à une construction fictive passionnante qu’à une tentative humble et prudente de reconstruire la vie du romancier tourmenté que fut Philip K. Dick.

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À la relecture, dix ans après la première fois dans mon cas, le plaisir est intact de se plonger à nouveau dans les résonances intimes entre certains romans et certains épisodes de la vie du romancier, la lecture proposée par Carrère des classiques « Le maître du Haut Château », « Le Dieu venu du Centaure » ou « Ubik » demeure étourdissante de virtuosité, mais les coupes réalisées en choisissant certains romans plutôt que d’autres (à la différence du patient travail universitaire du jeune K.S. Robinson, donc), en oubliant ceux qui ne se raccordent pas aux thèses développées, ou encore en minimisant les passages attestant des aspects les plus ludiques et les plus politiques de l’écriture dickienne, renforcent malgré tout le sentiment initial : en centrant presque toute l’œuvre de Dick sur sa sœur jumelle défunte à la naissance et sur son christianisme bigarré parcourant la « Trilogie divine » finale après avoir éclaboussé de son petit parfum de scandale la convention de Metz en 1977, la réduction, captivante et imaginative, semble in fine trop arbitraire et trop parcellaire.

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Cette fiction biographique, une fois établies ces sérieuses limites, n’en demeure pas moins une lecture presque obligée pour tout fan des labyrinthes psycho-politiques imaginés par le père de Palmer Eldritch, de Rick Deckard. de Bob Arctor et de Lord Running Clam, entre autres figures tutélaires de la fiction contemporaine.

La photo d’Emmanuel Carrère, ci-dessous, est © Baltel / SIPA.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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