☀︎
Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Muette » (Éric Pessan)

L’une de mes belles surprises de cette fin août : l’art de la fugue à hauteur d’enfant.

xxx

muette

Publié fin août 2013 chez Albin Michel, le septième roman d’Éric Pessan réussit une bien étonnante prouesse, en s’installant pour quelques jours, avec crédibilité, grâce et poésie, dans la tête d’une adolescente mal-aimée fuguant en campagne.

D’un sujet qui ne m’aurait sans doute guère « naturellement » attiré, l’auteur, heureusement déjà intriguant et émouvant dans la mystérieuse balade en forêt, forgée au contact étroit des photographies du plasticien Mikaël Lafontan, qu’était « N », paru en 2012 aux Inaperçus, a su tirer une rare et magnifique incursion à hauteur d’enfant, alliant ainsi au cœur de son récit l’extraordinaire sens pratique, l’inventivité, la subtilité qui peut caractériser cette prime jeunesse, associée à un tout aussi stupéfiant aveuglement ou oubli de réalités.

Faire naître une poésie authentique et captivante de prémisses aussi inattendues, marier étroitement psychisme torturé, évidente simplicité de la vie et échappées bucoliques péri-urbaines : une belle réussite, et une lecture étonnamment nécessaire.

« Mais rien de cela ne se produit. Muette s’est enfuie le plus normalement du monde, en préparant son sac, en glissant à l’intérieur un pain de cinq cents grammes, deux fromages, plusieurs paquets de gâteaux secs, trois litres d’eau, des vêtements propres, sa trousse de toilette, et en refermant à clé la porte de la maison. Muette fugue en marchant paisiblement, ses parents ne rentrent que ce soir, rien ne presse ; la journée, elle reste seule à la maison, elle part si elle veut, elle n’a pas eu à sauter par une fenêtre ou à ramper à l’abri d’une haie. Une casquette la protège du soleil, elle évite les champs de maïs pour ne pas être surprise et trempée par le déclenchement de l’arrosage automatique, elle préfère longer les tournesols tournés vers le midi, même si – à la longue – leur odeur chaude et sucrée l’écoeure.
La lumière du matin est encore douce, satinée, Muette enjambe un talus de broussailles et marche vers le nord, vers sa cabane. Sa planque. Si quelqu’un un jour s’inquiète de sa disparition on placardera sa photo dans les gares et les aéroports, on diffusera sa description dans les villes, on imaginera des fuites au loin, des rapts, des tragédies. Qui pensera qu’elle se cache à une petite heure de marche ?
« Tu vas nous rendre fous. »
En plus de la nourriture, des vêtements de rechange et des affaires de toilette, Muette emporte un duvet et le fouillis désordonné de ses pensées. »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

xxx

pessan

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :