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Notes de lecture 2014, Nouveautés, Revues

Note de lecture : « Le chant du monstre – 3 » (Revue)

Troisième numéro de la revue de l’hybridation rebelle, belle et intelligente. Une confirmation en tous points de son caractère désormais indispensable.

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Publié en février 2014 aux éditions Intervalles, le troisième numéro de la revue « Le chant du monstre » confirme et amplifie tout le bien que l’on pouvait penser du projet au vu des deux premières réalisations.

Un numéro 3, pour une revue, surtout aussi exigeante et ambitieuse que l’est celle-ci, est un test important : c’est souvent le moment où la curiosité initiale du public est mise à l’épreuve, et celui où le stock initial d’idées doit se renouveler pour poursuivre. Les 140 pages que je viens de lire démontrent la parfaite réussite de ce test, après un peu plus d’un an d’existence.

Dès l’éditorial, il nous est rappelé ce qui irrigue le cœur de cette entreprise hors normes : « Le terme de laboratoire est souvent utilisé pour qualifier les revues de création littéraire. Il ne sonne pas faux, mais en ce qui nous concerne, pas tout à fait juste non plus. Le Chant du Monstre tient davantage du chaudron : creuset non stérilisé dans lequel bouillonnent des ingrédients sélectionnés à l’instinct, bien loin des protocoles stricts et des mesures millimétrées. Rien de hasardeux là-dedans pourtant : l’expérimentation obéit à une règle, stricte à sa manière, l’hybridation. »

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Dans la rubrique « Affinités électives », où s’ébattent en toute liberté les maisons d’édition qui osent la littérature que l’on aime, au Chant du Monstre, comme chez Charybde, Cambourakis succède à Monsieur Toussaint Louverture et à Frémok, nous offrant un passionnant retour sur son parcours de créateur et de passeur, sur la manière dont il a conçu et conçoit désormais le développement de sa maison, proposant quelques phrases à la fois précieuses et radieuses, à propos de son approche de la littérature hongroise l’ayant conduit à László Krasznahorkai : « À chaque fois, j’appréhende ces domaines littéraires et linguistiques en faisant un double travail sur le passé et le contemporain : identifier les jalons de l’histoire littéraire du pays, l’évolution des thèmes et des styles, pour pouvoir appréhender la littérature contemporaine à la lumière de cette histoire et essayer, très modestement, de mettre en lien toute cette littérature, rendre visibles les résonances d’un auteur à l’autre. C’est un réflexe de bibliophile, et c’est tout naturellement que ces habitudes de lecteur se sont appliquées à la constitution du catalogue. »

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L’équipe de rédaction profite aussi de cette rubrique et de la toute récente sortie de « Guerre & Guerre » de László Krasznahorkai, pour nous proposer extraits, détails du travail, en l’étendant à la partie graphique des éditions Cambourakis, avec des illustrations de Joanna Hellgren, ou encore démarche d’édition du « Neige » d’Anna Kavan.

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Dans la belle rubrique « Alchimie », celle sans doute qui m’avait le plus dérouté initialement, piètre amateur de graphisme que je suis (« Univers et formes différentes se rencontrent ici. La rubrique Alchimie initie des collaborations entre auteurs et, décloisonnant les pratiques, fait émerger de nouvelles oeuvres. Où mots et images entrent en collision. »), succédant par exemple aux fabuleux « Géants » de Donatien Garnier & Guillaume Bullat, ou au somptueux travail du poète Faubert Bolivar avec les plasticiens Simo Agadi, Catherine Duchêne et Johann Fournier, ce sont cette fois le romancier Orion Scohy et la multi-artiste Laurie Bellanca qui se sont associés pour un résultat étonnant et charmeur. Et l’on y trouve également une pièce maîtresse avec la démonstration de « mathématiques existentielles » concoctée en duo par l’artiste Laurent Derobert et le psychiatre Adrien Altobelli.

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Dans la rubrique « Seul contre tous », qui se dessine au fil des mois comme l’une de mes préférées, lieu d’expression détaillée des plus magnifiques rebelles du champ littéraire, après Fabrice Colin et Pierre Jourde, c’est Laure Limongi qui vient parler de sa propre démarche de créatrice et d’éditrice, et des auteurs qu’elle défend avec constance, ici en l’espèce, après les B.S. Johnson, Hélène Bessette, Kathy Acker et Denis Roche, héros de son essai « Indociles », que l’on retrouve au passage, dans une défense et illustration d’Anne-Marie Albiach et de Christophe Tarkos.

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Dans la rubrique « ex-qui ? », celle qui est judicieusement consacrée aux « écritures toujours vivantes des écrivains qui ne courent plus », rebondissant sur l’heureuse formule de Marina Tsvetaieva à propos de la perpétuelle pertinence de Marcel Proust, c’est Jean-Pierre Martinet (dont de larges extraits du cultissime « Jérôme » sont proposés) qui est à l’honneur, après Kathy Acker et Nicolas Genka.

Le « Cabinet de curiosités », presque pour finir, nous offre un bel échantillon du travail de Keun Young Park (ci-dessus) et d’Etsuko Fukaya, avant que la rubrique « Parce que », le coup de coeur des rédactrices, qui ne cherche jamais à se justifier mais simplement à nous stupéfier, ne nous propose une lecture d’un intense prolongement de « L’effrayable » d’Andréas Becker.

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Une revue iconoclaste, dont l’éventuelle provocation n’a aucun caractère de gratuité, mêlant en un rare alliage curiosité presque sans bornes et précision de la mécanique de découverte, qui s’installe avec ce numéro 3 dans le paysage des indispensables – et qui a donc, bien plus que d’autres, besoin de votre soutien actif de lectrice engagée et de lecteur conscient, et vice versa.

Pour acheter ce numéro de la revue chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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