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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Le cavalier et son ombre » (Boubacar Boris Diop)

Fable mystérieuse, niveaux de récit mêlés, disant l’écrivain dans un monde en proie au chaos.

le cavalier et son ombreAvec ce roman de 1997, le Sénégalais Boubacar Boris Diop, reconnu dès son premier roman « Le temps de Tamango » (1981), accédait à une tout autre dimension littéraire.

Dans un pays africain non spécifié, qui peut être le Sénégal ou non, le narrateur reçoit une lettre de son amie disparue huit ans plus tôt dans d’obscures circonstances : elle se trouve dans une ville inconnue, et l’invite à venir l’aider d’urgence. Le roman raconte les trois jours vécus par le narrateur au bord du fleuve qu’il doit franchir, avec l’aide d’un passeur, pour rejoindre son ancienne amante vraisemblablement mourante. Progressivement se dévoile le métier qu’exerçait cette femme avant sa disparition : lire des histoires de son invention à un homme mystérieux qu’elle ne voyait jamais.

Au fur et à mesure du récit de ces trois jours d’attente, entrecoupé de flashbacks d’il y a huit ans plus tôt, la « réalité » (si l’on peut dire) et les récits inventés de l’époque vont s’entremêler, et notamment l’un d’eux, celui du « Cavalier et de son ombre », qui fonctionne comme un véritable « mythe fondateur » du pays africain en question, tandis que le narrateur sombre dans une fièvre aiguë…

Extraordinaire intrication des niveaux de lecture, autour d’une métaphore globale sur ce que signifie être écrivain dans un monde en proie au chaos, métaphore rendue tragique par la montée, dans l’évocation, du génocide rwandais comme une sauvage toile de fond…

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« Il me faut, à présent, dire deux mots sur le Cavalier. On a noté l’obstination, sûrement ironique, du Passeur à en parler comme d’un être de chair et de sang. Attitude parfaitement ridicule : le Cavalier n’est qu’un des héros fabriqués de toutes pièces par Khadidja. Je suis peut-être en train de devenir fou, mais pas au point de confondre la réalité et les chimères. Et de toute façon, la question de savoir si le Cavalier existe ou non reste secondaire. Seul compte le fait suivant : à Bilenty, quelqu’un est en train de détruire la vie réelle de Khadidja en se faisant passer pour le Cavalier. Je ne peux donc aider Khadidja qu’en restant ouvert à tous ses enchantements. L’essentiel est de ne jamais être dupe moi-même. Pour mieux faire comprendre cela, il me faut rappeler dans quelles conditions tout à fait particulières ce récit, Le Cavalier et son ombre, a vu le jour. »

Il faut lire le très bel article consacré par Ibrahima Wane, dans la revue Éthiopiques, à la quête du récit chez Boubacar Boris Diop.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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