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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Ablutions » (Patrick DeWitt)

« Notes pour un roman » en plongée subtile dans l’enfer rêvé de l’alcool et du morne vice hollywoodien.

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Publié en 2009 (traduit en 2010 en français par Philippe Aronson chez Actes Sud), le premier roman de Patrick DeWitt, modestement sous-titré « Notes pour un roman », suit en une succession de brefs paragraphes thématiques, entrecoupés de séquences de type « road novel », l’évolution (dégringolade, ou au contraire laborieux arrachage à un écrasement programmé, cela reste à décider…) d’un barman hollywoodien, ivrogne astucieux qui doit chaque soir gérer au mieux une clientèle d’habitués dont bon nombre constituent une impressionnante galerie de freaks…

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Si l’alcool coule à flots bien serrés, les dérives enjouées pleines de vice et de de délire apparaissent peu à peu, plus insidieusement, et menacent de submerger le narrateur, ses précieuses « notes », et bientôt l’ensemble du récit, avant qu’un inattendu et paradoxal élan libérateur ne s’y fasse enfin jour…

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Un livre étonnant, dans lequel Bukowski (les tourbillons de mauvaises pensées sont légion) et Hunter Thompson (le bar prend vite certains soirs l’allure de la chambre d’hôtel de « Las Vegas Parano », si elle avait été ouverte au public) rencontrent Agrati, par cette capacité à transformer un récit de l’intérieur, à accumuler des touches subtilement significatives, jusqu’au moment où la réalité a changé.

Une réussite flagrante qui fait attendre avec impatience le multi-primé « Les frères Sisters », prévu à la rentrée littéraire 2012 chez Actes Sud.

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« Il y a du remue-ménage au bar pour cause de mystérieux problèmes d’argent rencontrés par les propriétaires, qui convoquent tout le monde à une réunion de crise en pleine journée pour évoquer, d’un air sinistre et en toute opacité, la question de leurs finances. À l’idée d’être licencié des fourmillements te viennent dans les mains et tu n’arrives plus à te concentrer sur la discussion en cours car tu cherches à tout prix une occupation sur laquelle tu pourrais te rabattre en dehors d’ouvrier ou caissier, mais il t’est impossible de reprendre l’un de ces emplois, car depuis que tu es commis de bar tu as pris de mauvaises habitudes, tu as tes journées libres et tu es payé en liquide et au noir et tu peux boire tout le Jameson que tu veux ; tu décides donc de ne pas te mettre en quête d’un nouvel emploi, mais de prendre un maximum de crédits à la consommation et ensuite de faire des emprunts auprès de chaque société qui voudra bien entrer en affaires avec toi. En restant attentif à tes dépenses, tu pourras survivre un an, et tu songes à de petits voyages à Big Sur et à San Francisco, à des hôtels bon marché et à des trains-couchettes. Tu pourrais même emporter un sac à dos et dormir sur la plage comme un sale hippie, et peut-être même devenir un sale hippie : tu t’imagines avec une barbe, un chien et un bâton de marche, l’idée te fait éclater de rire et la discussion s’interrompt d’un seul coup et tu te répands en excuses, et quand les propriétaires reprennent leur discours tu tends l’oreille, et voici ce que tu entends : (…) »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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