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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Des feux fragiles dans la nuit qui vient » (Xavier Hanotte)

La poésie intense d’un moderne désert des Tartares, qui irait d’une certaine façon jusqu’à son terme.

feux fragiles

Avec « Des feux fragiles dans la nuit qui vient », paru en 2010 et conseillé par un ami à propos de « L’heure du Roi » de Khazanov, Xavier Hanotte délaissait à nouveau sa grande saga de l’inspecteur bruxellois Dussert pour nous offrir ce livre à inscrire dans une tradition que l’on pourrait appeler « l’attente militaire », et dans laquelle voisineraient « Le désert des Tartares », « Le rivage des Syrtes », une bonne partie du cycle des « Jardins statuaires », voire « Sur les falaises de marbre »

Dans un environnement aussi prestigieux, Hanotte tire pourtant largement son épingle du jeu. Sur une île ancienne, exposée à un ennemi impalpable en avant du Continent principal, quelques unités d’active et un bon nombre de réservistes assurent une guerre de « faible intensité », comme la désignerait le jargon contemporain. Dans cette lourde atmosphère de garnison d’une « drôle de guerre », l’ennui rôde, tandis que la poésie, la culture et pourquoi pas… l’amour s’immiscent à l’occasion.

Jusqu’à une brutale accélération, aux trois quarts du livre, qui nous emmène d’une traite à un impressionnant paroxysme et à un étrange, presque fantastique, retour métaphorique d’une légende fondatrice apportant le salut aux troupes en voie d’être battues.

hanotte

« Depuis longtemps, Pierre Berthier avait cessé de croire que les hommes, et lui-même en particulier, pouvaient un tant soit peu infléchir le cours imprévisible des choses. Il n’en avait pas toujours été ainsi mais, avec le recul, cette arrogance fort répandue l’amusait presque. Selon lui, les fleuves détournés finissaient tous par rentrer dans leur lit, les plantes ensauvagées enterraient leurs jardiniers défunts et les palais bâtis pour mille ans s’écroulaient après quelques lustres sous les attaques conjointes des intempéries, de la mérule et des promoteurs. »

« Quant aux mânes des évêques, dont les portraits à l’huile tenaient synode autour de l’escalier monumental, Berthier aimait à penser qu’ils commentaient avec aigreur la défection de leur successeur, appelé au-delà des flots par la construction d’une nouvelle cathédrale et d’une vocation longtemps contrariée d’apôtre de la modernité. Aucun ordre de réquisition n’avait été nécessaire. À l’ombre de Saint-Olaf, l’Évêché hébergeait maintenant un bataillon logistique satisfait d’exploiter, pour un usage des plus profanes, les vastes caves et greniers qui, autrefois, avaient contenu les richesses tout aussi profanes d’un haut clergé jouisseur, notablement porté sur les biens terrestres et les plaisirs de même provenance. »

Un grand remerciement à Gilles Ferragu (il faut lire sa recension dans parutions.com, ici) pour cette belle découverte – qui me donne envie de mieux connaître cet auteur, et augmente aussi, par association d’idées, mon impatience de pouvoir lire de nouveaux textes d’Yves et Ada Rémy !

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est .

Photo de Xavier Hanotte : © Benoît Misson.

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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