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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Le voyage imaginaire » (Léo Cassil)

Un livre-culte de 1933 : la révolution russe dans le regard et l’imagination débridée de deux enfants.

cassil

Grâces soient rendues aux éditions Attila d’avoir exhumé et brillamment réédité cet étonnant livre de 1933, publié pour la première fois en français en 1937.

Entièrement raconté du point de vue de deux enfants vivant à Pokrovsk-sur-Volga (aujourd’hui appelée Engels, la ville faisant face à Saratov), nous suivons avec bonheur le quotidien d’une famille russe en 1917-1919, des premières semaines de la révolution de février à la guerre civile. Avoir un père médecin, juif, au milieu des Allemands de la Volga, en plein bouleversement social et politique, produit un filtre étonnant pour les deux garçons, qui se sont inventé un pays imaginaire, la Schwambranie, dans lequel ils projettent, à longueur de soirées et de consignes forcées par les punitions, même bienveillantes, l’ensemble de leurs réflexions et de leurs confrontations à la réalité.

Sous cette apparence de « livre pour enfants », Cassil réalisait en fait une réflexion rusée sur le monde comme il alla à l’époque, avec un réalisme qui lui valut une longue période de non-réimpression en URSS, avant d’être ré-accepté en 1955, expurgé de certains des témoignages les plus rudes sur la période révolutionnaire et pré-révolutionnaire (l’antisémitisme latent de la population russe, en particulier, qui apparaît cruellement au fil des pages de l’édition originale).

Un livre étonnant, plaisant et bien pensif à la fois, réaffirmation du pouvoir de la fiction, mais aussi amer constat des ravages du fanatisme, enfoui dans un récit enjoué pour un effet décuplé sur le lecteur.

Le-Voyage-imaginaire-Cassil

« – Eh bien ? demanda le commandant, elles vont ?
– Elles vont, répondit papa, furieux.
– La gauche ne serre pas ? demanda le commandant avec sollicitude. Non ? Vous voyez, je vous le disais bien qu’elles ne serreraient que les premiers jours et qu’après elles se feraient.
– Je dois vous dire franchement, camarade Oussychko, dit papa, que la cordonnerie vous réussit mieux que la Révolution.
– Ça dépend du point de vue, camarade docteur, répondit le commandant en riant, vos bottines c’est vous qui les avez commandées et la Révolution, excusez-moi, n’a pas été faite à votre pied. Il se peut qu’elle serre un peu par endroits. »

Notons que la dimension ludique du récit est accentuée par la somptueuse planche d’autocollants qui est jointe à cette édition, pour en faire un objet-fiction complet, à l’image de la Schwambranie.

Ce qu’on en dit avec une belle pertinence dans l’Accoudoir, c’est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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