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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « De Venise à Venise » (Pier Maria Pasinetti)

Le fascisme s’installant à Venise en 1925. Subtile et passionnante découverte par des yeux d’enfant.

pasinetti

Décédé en 2006, deux fois finaliste du prestigieux prix Campiello (en 1968 et en 1983), Pier Maria Pasinetti publie son roman « Dorsoduro » en 1983. Il sera traduit en français en 1993 par Soula Aghion.

La lecture de ce roman pourtant relativement court (350 pages) permet de comprendre pourquoi Pasinetti fut souvent surnommé le « Proust vénitien ». Par dizaines de touches subtiles, l’auteur nous fait suivre le fourmillement d’observations et de sentiments d’un narrateur écrivant en 1980 les souvenirs de quelques mois de ses douze ans à Venise, dans les années 1925, au moment où le fascisme s’installe soigneusement en Italie, passé le coup de force initial, les lois liberticides se succédant rapidement les unes aux autres, avec l’assentiment soulagé d’une large part de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie…

Dans un palais du « sestier » de Dorsoduro cohabitent trois familles, fort différentes les unes des autres (celles d’un magistrat volontiers fascisant, d’un dentiste « apolitique » et d’un riche noble excentrique légèrement socialisant), mais souvent liées par leur jeunesse commune. C’est par l’intrication de leurs relations, de leurs amitiés, de leurs complicités, de leurs distances comme de leurs proximités, en particulier à travers celles de leurs enfants, adolescents et jeunes adultes des deux sexes, que Pasinetti nous trace un exceptionnel portrait de Venise, d’une époque historique et d’un âge humain.

« Un long silence. Du seul fait de se trouver là, assis l’un en face de l’autre comme tant d’autres fois, Alvise Balmarin et Remigio Berg sont ravis, ils jouissent du délassement que leur procurent des conversations lentes et répétitives. Depuis la nuit des temps Remigio Berg et Edoardo Bialevski sont des amis pour Alvise, autrement dit des personnes avec qui les silences deviennent éloquents et même les paroles les plus superflues sont savourées. « Et que t’a dit Silvio ? »
« Ben… Il a parlé. »
« De quoi ? »
« De choses. Du Vatican. Du corporatisme aussi. De la doctrine du corporatisme. A son avis, du fait que je suis professeur d’histoire avec des titres universitaires, je devrais faire un cours à Padoue. Un cours sur la doctrine du corporatisme fasciste. » Berg à ce point commence à s’animer, se délectant à mettre en scène, à mimer, plaisir qu’un peu tout le monde aimait à prendre à Dorsoduro dirais-je.  » « Tu dois t’engager, Berg », me fait-il avec ce petit sourire qu’il arbore comme s’il t’offrait un peit cadeau, « n’oublie pas Berg que, dans l’ensemble, tu n’es pas une figure très claire. Je ne te vois pas engagé, Berg. Engagé dans le temps où tu vis. » « 

Une passionnante découverte, riche du charme supplémentaire qui s’attache à l’intimité de Venise, sans décorum et sans flonflons grandiloquents.

Pour acheter le livre chez Charybde, puisqu’il a été réédité en janvier 2019, c’est ici.

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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