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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Ida ou le délire » (Hélène Bessette)

Cruelle et drôle, théâtrale et savoureuse, une plongée dans l’extrême violence sociale quotidienne.

Ida ou le délire

Dernier roman d’Hélène Bessette, auteur « maudite » protégée de Raymond Queneau, et récemment redécouverte grâce au travail de Laureli / Léo Scheer, « Ida ou le délire », publié en 1973, ne peut laisser indifférent.

Dans une langue très particulière, puissamment théâtrale, qui évoque à la fois la subversion des lieux communs opérée par un Jean-Charles Massera dans « United Emmerdements of New Order », et paradoxalement, l’invective guerrière des « Slogans » de Maria Soudaïéva / Antoine Volodine, le roman met en scène l’ « éloge funèbre », si l’on ose dire, d’Ida, femme de chambre âgée d’une famille des beaux quartiers, morte dans un accident de la circulation dès la première page.

« Eh bien non personne ne sait comment c’est arrivé. Personne n’était là. Sans témoin.
On peut toujours causer épiloguer supposer affirmer ressasser.
Tout est faux.
Aussi les dames au cœur invisible chargé d’un cercueil clos avalent sec le whisky brûlant.
Crime parfait. Personne ne peut parler (avec exactitude).
Un terme à la sottise séculaire des petits mots échangés. »

« Le bon employeur choqué de ce qu’on ait ignoré ses mérites
Choqué par son employée irrévérencieuse qui part sans excuses.
Impossible même de lui faire un reproche
Ce qui est une impossibilité douloureuse
Cruauté mentale envers le possédant.
Par exemple (voix sèche) : « Vous auriez pu téléphoner ».
Non seulement elle ne revient pas mais elle donne un surcroît de travail. »

Un travail des mots à la fois cruel et drôle, au service d’une plongée dans l’extrême violence sociale quotidienne, dont on sort difficilement indemne.

En prime, Léo Scheer nous offre « Le résumé », manifeste littéraire écrit et sans cesse remanié par Hélène Bessette entre 1950 et 1970, tentative pas tout à fait aboutie de définir le « roman poétique » : passionnant, bourré d’éléments d’une profonde lucidité littéraire, souvent obérés par une amertume et un ressentiment hors normes, témoins du destin ballotté et cruel de l’auteur.

Ce roman a été présenté par Claro qui sut nous communiquer son envie lors de la soirée « Libraire Invité » de la librairie Charybde le 30 septembre 2011, qu’il en soit ici à nouveau remercié ! Il en parlait par ailleurs magnifiquement sur son roboratif blog « Le Clavier Cannibale », ici.

Il faut aussi absolument signaler la belle mise en scène réalisée en 2011 à la Maison de la Poésie par Anaïs de Courson :

L’ouvrage était épuisé, il est maintenant réédité dans la collection Othello du Nouvel Attila.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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