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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Une pause, mille coups ! » (Maxi Kim)

Brillante et hilarante, pornographique et poétique, une déconstruction de la littérature japonaise, de l’art contemporain et du post-modernisme universitaire.

une pause mille coups

Publié en 2008, traduit par Morgane Saysana et Émilie Notéris aux éditions ère en 2012, le court (125 pages) récit / roman de l’américano-coréen Maxi Kim a tout, déjà, d’un livre-culte.

Violent, échevelé, arborant sans façon du contenu terriblement explicite voire carrément pornographique, feignant parfois de reprendre son souffle en une escale zen, poétique et contemplative pour mieux berner sa lectrice ou son lecteur et l’entraîner plus loin encore dans un tourbillon de sensations et de pensées, singeant joliment la forme du roman d’apprentissage, celui d’un parcours universitaire, littéraire et artistique des  principaux protagonistes, à cheval entre Californie et Japon, entre Cal Arts et le mont Fuji, entre tradition et modernité, entre Orient et Occident, entre monceaux de dollars à convoiter éventuellement et satisfaction d’angoisses intimes, intellectuelles et sexuelles, « Une pause, mille coups ! » déconstruit et reconstruit, en clignant des yeux, en riant et en chargeant comme une brigade désinvolte, à la fois la littérature japonaise, traditionnelle et contemporaine, l’art contemporain, sous ses aspects les plus éclatants de marchandise et de support de l’égo des collectionneurs comme sous ceux de matière universitaire à penser, et le milieu universitaire post-moderne lui-même, avec son déchirement permanent entre monstrueuse culture académique, besoin effréné de nouveauté et de performance, obsession des références et des cautions, et quête sans fin de reconnaissance par les pairs.

Drôle et tonitruant, placé avec élégance et mordant sous le triple patronage de Murakami Ryû, de Kathy Acker (à titre posthume) et de Steve Erickson – et c’est vrai que l’on s’attend plusieurs fois à y voir un Don Quichotte arriver à minuit -, usant des possibilités du langage avec une rage gracieuse, compilant des listes ornementales de noms d’écrivains ou d’artistes à lâcher comme des grenades mal goupillées et ainsi inquiétantes, ce petit opuscule réussit la réelle prouesse d’allier intimement rire et réflexion, d’être très sérieux sans se prendre au sérieux, et de fusionner en un rare alliage culture (très) savante et culture (très) populaire.

Une lecture hautement recommandable pour toutes amatrices et amateurs de littérature japonaise, de post-modernisme critique, de transculturalisme, d’art contemporain et de performance. En s’accrochant un peu, car la lecture en est exigeante par moments, fous rires garantis et saines perplexités assurées.

« Le bureau était empli de la fragrance anormalement généreuse des orchidées et, au moment où la brise d’automne agita les fleurs qui peuplaient la serre du Président Kato, des relents presque imperceptibles d’excréments canins diarrhéiques pénétrèrent par la porte vitrée, mêlés au parfum plus entêtant des hybrides de mebinas orange sashimi. »

« Puis surviennent les premiers signes, incontestables, de la lente érosion de son équilibre psychique, s’effritant peu à peu pour se fondre dans cet éther mou et gélatineux que les universitaires appellent « Fuji-no-Yamabiraki ». « Je ne sais pas combien d’entre vous sont parvenus au dernier chapitre de The Eastern Canons, mais vous allez vous le coltiner à nouveau. Un espoir subsiste pour les études littéraires au XXIème siècle. Contrairement à mes confrères gaijins grisonnants, je ne vois pas les déconstructionnistes, les féministes, les lacaniens, les marxistes, les nouveaux historicistes comme les six branches de l’école de la rancœur mais de l’école du salut. Si vous pensez trouver le salut dans le formalisme moribond de vieux schnoques pédants (issus de Yale et assoiffés de sexe), allez-y, lisez Ralph Waldo Emerson ! Planquez-vous sous le cadavre putride d’Henry James ! Sodomisez Thoreau. Sodomisez Whitman à votre guise. Éjaculez partout, partout, sur les pages jaunies de Moby Dick, et on verra bien qui est sauvé. On verra bien qui tremblera sous les lumières crues. » »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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