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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Nos yeux maudits » (David M. Thomas)

Deuxième tome de l’Iliade des Républicains espagnols : un raid commando fou sur le camp de concentration de Mauthausen en 1944.

Nos yeux maudits

Publié en 2010, toujours chez le remarquable Quidam Editeur, le deuxième tome de la trilogie de l’inclassable David M. Thomas (gallois, ouvrier et militant, écrivant en français et vivant à Limoges) poursuit ce que l’éditeur appelle fort justement « l’Iliade des Républicains espagnols ».

Toujours dans cet esprit si proche du « New Italian Epic » des Wu Ming, le petit groupe fraternel et internationaliste, échappé de justesse du piège d’Almeria, en Andalousie, à la fin du tome précédent, s’est réfugié dans l’Irlande neutre lors du second conflit mondial. Inactif car profondément dégoûté par la veulerie des « démocraties » face à Franco. Pourtant, lorsqu’ils apprennent que leur camarade italien, arbitrairement interné en France au début du conflit, est désormais captif et mort en sursis dans le camp de concentration autrichien de Mauthausen, ils conçoivent un plan, éblouissant d’audace et de risque assumé, pour aller le délivrer. Un raid fou, au cœur du Reich moribond mais encore pourvu de crocs acérés, en septembre 1944, servi par un sens du récit tout en multiples subjectivités et en voix dissonantes, et par une documentation effrayante dans son détail inexorable.

Dans une tonalité nettement différente de celle du premier tome, un magnifique récit et une construction littéraire subtile pour un « roman d’aventure » pas comme les autres. Et l’on y croisera à nouveau, avec bonheur, le personnage hors normes, échappé d’une farce russe, qu’est l’ex-consul britannique qui avait déjà sauvé la mise des protagonistes en 1937…

« Solena montre aux autres comment gonfler les vessies de porc que j’ai moi-même achetées chez le boucher Dlugacz de Dorset Street, mais à leurs yeux, je suis devenu invisible, parce que bien sûr que j’y arriverai, parce qu’il n’y a pas de quoi s’en faire, parce que c’est facile, enfin. Facile pour eux qui nagent bien. Je suis seul à savoir que ces eaux sont trop fortes pour moi, que je serai pris dans le courant, asphyxié, poussé vers le fond encore et encore, et je me débattrai, mais ce sera en vain, je paniquerai comme toujours, étouffé, et serai balayé comme un fétu de paille, les poumons plombés, inondés par un fleuve autrichien, noyé.
« Non, sérieux, je leur dis, je n’y arriverai pas. Vous avez vu ce courant ? »
Solena me passe une vessie gonflée que j’enfourne machinalement dans un sac à dos en attendant une réaction. Elle me tourne le dos, s’occupe d’une autre vessie, celle qui va se charger de Marco, qui nage quand même mieux que moi. Ils se disent que je vais surmonter ma peur, qu’on ne peut pas changer de plan maintenant pour une simple histoire de trouille. Non, j’emprunterai le pont, tout seul.
« J’emprunterai le pont. »
« Tu ne peux pas emprunter le pont », dit Dartmann, comme à un enfant.
« Allez, ça ira, tu verras », dit Solena, lamentable devin.
« Je crois qu’il a vraiment peur, là », dit Marco.
« Je sais ce que tu ressens », me dit Eleuterio.
« Oui ? »
« Quand j’étais au bord de la carrière de Mauthausen, dit-il, à peine avais-je vu le fond que ça m’a fait comme un immense aimant. Et tu m’as attrapé. À mon tour maintenant. » « 

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Pour acheter le tome précédent chez Charybde, « Un plat de sang andalou » (note de lecture ici), qu’il serait bien dommage de négliger, c’est .

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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