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Notes de lecture 2013, Nouveautés

Note de lecture : « Ligatura » (Steve Tomasula)

Éblouissant roman visuel multiple, traquant l’eugénisme au cœur de la bio-ingénierie contemporaine.

Ligatura

Publié en 2002, traduit en français en cet automne 2013 par Anne-Laure Tissut aux éditions HYX (jusqu’ici plutôt actives en livres d’art et d’architecture, mais qui se lancent donc dans des choses littéraires diablement intéressantes), le premier roman de Steve Tomasula, par ailleurs professeur de littérature aux États-Unis, est gaillardement expérimental, mélange étroitement le sérieux et le ludique, se rit des formes précises tout en étant d’une extrême rigueur, et parvient à réjouir le lecteur en se baignant dans des sujets pour le moins austères…

S’appuyant tout au long sur le « Pays-Plat », en seulement deux dimensions, développé en 1884 par le littérateur mathématicien anglais Edwin A. Abbott, l’auteur confronte ses quatre personnages, le père Carré, la mère Cercle, la fille Ovale et la grand-mère innommée à une « crise » qui mêle étroitement la volonté de Cercle de voir désormais Carré « prendre son tour » en étant l’objet d’une vasectomie puisqu’ils ne souhaitent plus avoir d’autre enfant, la difficulté de Carré à achever son roman en cours, par une involontaire stérilité, et les progrès de techno-ingénierie génétique et moléculaire qui envahissent le paysage au fur et à mesure des réflexions du couple.

Associant avec une effroyable efficacité les textes (dont les typographies différenciées et les positions variées sur la page modulent en permanence le statut), les dessins, les images, les tableaux statistiques, les extraits de documents scientifiques et médicaux, Steve Tomasula nous convie à un vertigineux parcours (qui peut aisément être suivi plusieurs fois, en utilisant des modalités distinctes de lecture, exploitant l’éclatement proposé de la forme) au bord de l’abîme que l’ingénierie génétique, orientée d’une certaine façon, ouvre désormais sous nos pas, pauvres êtres collés à nos dimensions peut-être insuffisantes, en même temps qu’il nous rappelle au long de ces 300 pages à quel point la volonté de contrôle scientifique démarre tôt au vingtième siècle, entretenant une étonnante et roborative résonance avec le grand « CosmoZ » (2010) de Claro, qui lui aussi traquait la haine des pauvres, le racisme et l’eugénisme, au cœur de toutes les théories (et des – hélas – nombreuses mises en pratique) d’hygiène (médico-)sociale apparues depuis 1900, singulièrement en Allemagne et aux États-Unis, avec de nombreux relais au sein des autres « démocraties occidentales » – et dont les pires errances sont bien loin d’avoir été réservées, comme on le sait désormais, aux seuls monstres nazis…

Une lecture légèrement hallucinante, qui utilise avec grand talent les possibilités de « jeu » ouvertes en s’affranchissant résolument du texte linéaire, pour questionner de très près notre devenir humain, avec une lucidité que ne renieraient certainement pas les meilleurs et les plus pointus auteurs de science-fiction contemporains.

« On peut prédire sans grand risque d’erreur que dans un avenir proche, la mise en place de tests conduira à placer des dizaines de milliers de sujets déficients sous la vigilance et la protection de la société. Ce qui aura pour résultat final une baisse radicale de la criminalité, de la pauvreté et de l’inefficacité industrielle. (Lewis Terman, 1916)
Nous devrions mettre nos ressources dans la formation d’un état de surveillance, version high-tech et plus riche en moyens de la réserve indienne, destinée à une minorité substantielle de la population, que l’on y empêcherait de se reproduire, pour laisser le reste de l’Amérique essayer de poursuivre ses affaires. (A.R. Jensen, Revue d’éducation de Harvard, 1969)

Jensen parlait bien sûr des maladies nouvelles, pas des anciennes comme l’homosexualité ou l’inefficacité industrielle. »

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Discussion

7 réflexions sur “Note de lecture : « Ligatura » (Steve Tomasula)

  1. Steve Tomasula est un auteur américain, né et grandi entre East Chicago et Chicago South Side, autant dire dans la partie la plus méridionale du lac Michigan. Etudes à University of Illinois, Chicago, et maintenant en poste à University of Notre Dame, toujours au sud du lac, mais cette fois dans l’Indiana. Sa femme Maria est artiste peintre, plutôt dans le genre fantastique, un peu chargé à mon gout. Steve Tomasula est l’auteur de quatre romans, de genre assez hybride, car mélangeant la créativité, l’art de l’écriture et la littérature expérimentale. C’est une « réinvention de l’écriture, avec incorporation d’effets visuels ». Quatre romans, un recueil de nouvelles et plusieurs articles sur l’art et le roman.

    « VAS: An Opera in Flatland » (05, Night Shade Books, 144 p.) adapté et grandement modifié d’après le roman « Flatland: A Romance of Many Dimensions. » de Edwin A. Abbott publié en 1884.
    « The Book of Portraiture » (06, FC2, 328 p.) avec un design de Robert Sedlack
    « TOC: A New-Media Novel » roman multimédia, programmation avec Christian Jara, avec un DVD et application sur iPad.
    « IN & OZ » (12, University of Chicago Press, 152 p.)

    « Once Human: Stories» (14, FC2, 312 p.) des nouvelles avec un design de Robert Sedlack

    De ces textes, seul « VAS » a été traduit par Anne-Laure Tissut en « Ligatura, un opéra en plat-pays » (13, Editions HYX, 320 p.). Un second livre « The Book of Portraiture » est en cours de traduction, toujours aux Editions HYX.
    On peut noter également ses essais sur « Genetic Art and the Aesthetics in Biology » publié dans la revue du MIT« Leonardo 35», un chapitre intitulé «Genesis » et un autre «Edunia & the Natural History of an Enigma », sous titre de « Ars [telomeres] Longa, Vita [telomeres] Brevis » publié dans « Experimentalism » (Edunia est une réplique de pétunia, créée par croisement entre un ADN humain et végétal)

    « Ligatura, un opéra en plat-pays » est fondé sur le roman « Flatland » de Edwin A. Abbott réédité depuis 1884 dans Présence du Futur (68, Denoèl, Présence du Futur #110, 187 p.). Roman intéressant car il mêle des personnages vivant dans le plan (2D), tels des triangles, quadrilatères, cercle, et qui voient une intrusion de personnages vivants dans un espace 3D, tels que des cubes ou sphères.
    A priori, l’histoire démarre de façon simple. Un couple « Cercle » et « Carré », dans lequel madame « Cercle » ne veut plus revivre les différents problèmes d’accouchement difficile, ou de perte de l’embryon, qu’elle a connu après la naissance de sa fille « Ovale ». Ayant lu le sous titre « Un opéra en Plat-pays », on est en droit de penser à une ré-écriture du roman de Edwin Abbott avec des personnages vivants dans des dimensions différentes. C’est un peu le cas, sauf qu’il ne s’agit pas de dimensions de l’espace-temps, mais plutôt de mondes différents, pré et post manipulations génétiques. C’est une façon de voir. Tout se passe à peu près bien dans les 45 premières pages. Et là le roman bascule. On aborde progressivement les quatre bases : Adénine, Guanine, Cytosine et Thymine, soit A, G, C, T. pas de problème, on change de sujet et le lecteur s’adapte, tout au moins, essaye de. C’est que en plus la lecture devient complexe, avec des écritures en différentes polices et taille, dans lesquelles les « cellules / se lient / en doubles hélices / ou se recombinent / les doubles hélices / étant à la fois / message et matériau ».
    Là où cela se complique, c’est que l’on saute alors de sujets en sujets, on passe à la généalogie des parents, qui descendent d’ailleurs tous deux de « Nostratic », ancêtre commun du Magdalénien, environ 12000 ans BC. Un détail qui me gène un peu, non pas cet ancêtre commun, c’est après Lascaux, donc après l’art pariétal, mais c’est que « Nostratic » est seul, ni mâle, ni femelle et qu’il donne naissance à trois branches « Ker », proto-européen, « Kuetuer » pour les indo-européens et « Sek », également pour les indo-européens. Le problème est que ces deux derniers apparaissent à 500 et 1500 BC, le premier n’étant pas daté. « Nostratic » aurait donc vécu plus de 10000 ans, ce qui en fait de la semence plus toute neuve pour engendrer « Kuetuer ». Bon j’accepte une certaine licence poétique et surtout due à l’absence (ou à la perte) des registres des naissances de l’époque.
    La suite ne s’arrange pas sur la cinquantaine de pages qui suivent. On passe gaillardement de la génétique, des gènes, aux arbres généalogiques, à l’eugénisme, à la transformation du langage et du cerveau. Il y a un point commun, c’est l’évolution. Darwinesque, Tomasulesque, n’importe, cela évolue. Et on en arrive, via l’eugénisme aux cyborgs. On a du sauter le passage au transhumanisme de Zoltan Istvan ou de Raymond Kurzweil, ce qui n’est peut être pas un mal. Mais on retrouve habilement les aventures des Cro-Mag et des Néanderthal. Les premiers « avaient commencé à peu près à cette époque à se rappeler les mouvements mieux que les Néanderthal». Puis , les problèmes de conscience, surtout de « Carré » reprennent, ligature ou pas. Ce dernier se résoud à l’opération, après que Mère les ait convaincu d’aller voir l’opéra « L’Etrange Aventure de l’Invention du Babil », de Charles Wilson Peale, en une grande ouverture et trois actes.
    On est donc bien loin de « Flatland », même si la base reste la même, avec cette différence dans les notions de dimensions. Ceci dit, le livre et sa présentation typographique, ainsi que la mise en page, est vraiment superbe. On reconnait là le travail des Editions HYX, plutôt spécialisée dans les livres d’art et d’architecture. Piqué au jeu, j’ai regardé quelles étaient leurs autres productions, dans un style plus littéraire. J’ai donc commandé « The Bookfighting Book » de Yves Duranthon (12, Editions HYX, 160 p.). Et j’en ai fait la critique auprès d’un libraire parisien « Charybde et Scylla ». Je ne mettrai ici que la conclusion de ce post. Pourquoi les Editions HYX, si ce n’est un clin d’œil au Capitaine du même nom, et son sous marin « Vengeur » en pleine guerre de 14-18, sous la plume de Gaston Leroux. Enfin tout est bien qui finit bien, et cela m’a évité de parler de « The Bookfighting Book », ce qui vaut mieux que d’en dire du non-bien.

    Publié par jlv.livres | 23 octobre 2016, 21:14
  2. la suite (pour un livre qui sera bientot traduit aux Editions HYX

    « The Book of Portraiture » est un livre assez indéfinissable qui se présente sous forme de 5 chapitres de longueurs variables et de papiers plus ou moins colorés en brun très clair. Je sais, ce n’est pas cela qui fait la littérature. Le texte est imprimé avec différentes polices, en noir ou bistre. Des dessins, photos, sont intercalés, certains dessins sont de la main de Maria Tomasula. Les photos peuvent inclure des publicités, pour des appareils quasi domestiques comme les « Chattanoga vibrator, Carpenter vivrator, Percusso Motor, vibrotode magic » tous ustensiles des années 1918 indispensables au bricoleur tant soit peu sérieux. Par contre « the Belbout electric-powered Vibro-Wand », capable d’atteindre « UN POINT VITAL » (c’est marqué en capitales), et « inventé par une femme qui sait ce qu’une femme souhaite » parait être d’un usage plus discret. Ayant lu plus loin les théories de l’imitation et de la créativité, on peut évidement faire aisément la relation entre les outils du bricoleur et l’utilisation que pourrait en faire une dame tant soit peu créative.
    Le chapitre 1 « In a Beginning » indique bien un commencement, mais c’est aussi le titre du dernier chapitre, le 5. Donc, le livre commence par « BIEN avant que les héros du martyre ont commencé à s’effacer des mémoires, avant que les moines (†430) aient découvert la foi à travers la maléabilité des mots…. ». On est donc très tôt dans l’histoire, bien avant même les écritures rupestres ou sur des galets, et à cette époque, les hommes criaient « Moi. J’étais. J’ai fait ». Donc bien avant tout cela, existait « un marchand, un raconteur d’histoires qui se joindrait à une caravane qui voudrait bien de lui ». Et là, il se souvient de la forme des cornes des bœufs, des papyrus qu’il a vu dans un marais, des lignes que les égyptiens appellent rivières. Et que fait-il de tout cela : il invente la lettre « aleph ». La première start-up est créée. En fait, il n’invente pas aleph tout de suite, seulement deux pages plus loin. Entre temps il a découvert le « Aa » et tout une suite de symboles. Le petit Robert, c’est le nom que, moi, je lui donne, fait affaire avec les vendeurs de chameaux. Au fait, il a bien inventé l’écriture, mais les nombres ? Etait-ce un animal avec une ou deux bosses. Après une nuit de repos, il invente, ou il imite en les reproduisant, tous les autres symboles, et ayant indiqué aux Phéniciens l’usage de « aleph, bayit, gamals », il embrouille leurs esclaves grecs avec « alpha, beta, gamma ». On arrive vite à la découverte du sacré avec « Ra » et « Moïse ». Tout cela pour aboutir à Wikipedia, mais ce n’est pas encore conté dans le livre.
    Bref, comme on est au siècle de la vitesse, on saute directement à Velasquez, avec un journal imaginaire « The sketch Book of Portraiture » soit un Livre des Portraits ou des Imitations. Un des avantages de l’édition, c’est que l’on bénéficie des parties corrigées, une sorte de tapuscrit transcrit. En réalité, le journal précède un texte « Contra la Fama » soit « Contre la Réputation » de Diego de Velàzquez, monté par « La Iglesia Sagrada », en fait l’Inquisition pour savoir « s’il est un moderniste ». Le journal de Velasquez est un peu filandreux, mélange de catalogue des œuvres majeures en peinture de l’époque, de mondanités, avec le Cardinal Derrilieu (à moins que cela ne fût plutôt Mazarin) à propos de la paix des Pyrénées, signée en 1659. En fait on ne sait plus trop si on est sous le règne de Louis XII ou XIV, une apparition du Roi Soleil « Sun King » sème le doute, et jette de l’ombre sur le récit historique. Mais vérité de ce coté de l’Atlantique peut ne pas l‘être de l’autre coté. Cela d’autant plus que la peinture « Les Ménines » est datée de 1656 et Velasquez meurt en 1660. Les autres peintures que cite Velasquez sont de dates diverses et paraissent tirées d’un quelconque catalogue de ses œuvres.
    Par contre, il reste toujours possible d’interpréter ses peintures, par exemple son tableau célèbre « Les Ménines », et les différentes critiques formulées sur le tableau en sont un bon exemple. On se souvient que le tableau, tel que j’ai pu le voir au Prado, à Madrid, est un grand tableau relativement complexe. Il représente le peintre, Diego Velasquez, en train de peindre le portrait du Roi Philippe IV et de la Reine, alors qu’au premier plan la jeune infante Marguerite-Thérèse est entourée de demoiselles d’honneur, d’un chaperon, d’un garde du corps, d’un enfant italien, d’une naine et d’un chien. Le peintre se peignant en train de peindre, alors qu’il peint autre chose. Evidemment, l’Inquisition a une autre vision. « Mais si vous voyez le Roi et la Reine comme sujets, et non votre propre visage réfléchi dans le miroir devant vous […] qu’est ce que cela signifie […] ? Que moi, Diego de Velasquez, alors posté devant la toile dont le recto est vers vous, tout spectateur qui serait moi me peignant moi-même en train de peindre ce tableau ? Une scène qui ne pourrait pas exister sans un spectateur ? Vous, Moi ? Le point crucial de toute représentation dans le travail ? ». Evidemment, ce « qui peint quoi peignant qui » peut paraître compliqué pour un inquisiteur. On peut imaginer de la même manière un écrivain écrivant un livre dans lequel il raconterait ce qu’il était en train d’écrire un autre livre. C’est un peu la problématique de György Korim dans « Guerre et Guerre » (13, Cambourakis, 368 p.) de László Krasznahorkai, un fort surprenant livre dont je conseille volontiers la lecture.
    Le fait que ce chapitre soit en bistre sur un papier quasiment de couleur chair, avec des illustrations de Maria Tomasula n’est pas anodin. Les dessins reproduisent des esquisses des tableaux de Velasquez, ce qui parait aller de soi. Cependant ce sont des esquisses, on pourrait même dire des dessins préparatoires à des tableaux, tels que les peintres en font souvent. Ils illustrent parfaitement le texte du journal de Velasquez. Cependant ils expriment aussi la différence entre ce qui est la réalité, ce que le peintre voit et ce que nous, nous voyons du peintre. C’est tout à fait l’illustration de la dispute entre Velasquez et l’Inquisition.
    En avançant dans le temps, on arrive vite à la psychanalyse post-Freudienne, soit le nouveau veau d’or. (Quoique comparer Freud et un veau puisse être interprété de façon psychanalytique qui pourrait me porter ombrage). On a droit par la suite aux notes d’un psychanalyste, avec le jargon professionnel qui va avec, concernant une certaine « Miss Paula », la ligne plus loin rebaptisée « Miss P. (not her real name) » donc ce n’est pas son vrai nom, mais néanmoins elle est qualifiée de « névrosée sexuelle ». La suite du traitement de cette patiente, qui va de fin aout 1917 à novembre 1918, vaut son pesant de consultations. Cela passe d’une culpabilisation de la patiente. « Je n’avais pas réalisé qu’un clitoris pouvait toquer (« knock ») ou qu’un ermite (« hermit ») pouvait être un pénis ». Ce à quoi le psy commente « Parfois, nous autre docteurs oublions que les faits qui forment la parole de notre commerce sont des révélations radicales pour les non-initiés. C’est ainsi que je lui [à la patiente] ai montré mes notes pour un lexique que je compilais pour caractériser les symboles phalliques » Et de conclure « Je commençais à me demander si sa «maladie» était possiblement une ruse pour me faire la cour après un caprice, qu’elle croit maintenant contre-carré par mon analyse pénétrante … ». Il est évident que « l’analyse pénétrante » peut être prétexte à interprétation plus approfondie. Suit une liste assez compète de symboles phalliques, que le psy énumère avec un émoi mal dissimulé. S’y ajoutent bien évidemment des déviations toutes féminines telles que « neuralgia spinalis, lesbian hysteria ou hysteria libidinosias, i.e. nymphomania ». Audiard, voire même Bérurier ou San Antonio, auraient été plus complets. Il est évident que dans un monde caractérisé par des symboles ou des signes plus ou moins sexuels, le moindre des faits devient vite un excès orgiaque avec des significations phalliques, vaginales, vulvaires ou orgasmiques derrière chaque mot. Le langage du corps est alors surchargé de tellement de métaphores que cela en devient irrespirable.
    Mais ces déviances s’expliquent simplement par « des pratiques de coitus interruptus ou coitus reservatus, pratiques qui ont seulement contribuées à sa névrose si on veut bien se rappeler que les femmes normales ne désirent le sexe seulement si celui-ci peut résulter en un enfantement ». Il est évident que ce brave psy n’avait pas encore lu Simone de Beauvoir. Mais le brave docteur veille. « Je réalise soudainement que si P. était Eve, alors mon rôle était celui du serpent, l’instrument de la connaissance/pénis ; l’objet du désir ». Et cette phrase sublime qu’il lui explique « son désir pour moi n’était pas une passade, mais une invitation, formulée de façon poétique, comme Excalibur dans le rocher ». Il y a même une justification « en ayant es relations sexuelles avec votre analyste, mon pénis pourrait servir de proxy pour le pénis de votre père tout comme votre masturbation forcenée était une compensation au coït marital ». Manque de chance, Miss P. se sauve en courant de la pièce. Qu’à cela ne tienne, elle reviendra quelques semaines plus tard, sans doute poussée par son père, copain du psy dans le même « gentlemen’s club ».
    Enfin tout cela se règle à grand coups de courant électrique (0.3 ampères seulement) et tout devrait rentrer dans l’ordre. Et on retrouve la justification des vignettes décrites plus haut. Avec la mise en pratique « dirigeant le massage vibratoire localement vers ses cuisses », mais que le psy « arrête rapidement quand Miss P. se met à transpirer ». Les séances passent ensuite à 0.5 ampères, puis « 3.5 ampères l’équivalent de 400 vibrations par minute » à « la base de la colonne vertébrale, le nexus des hanches et le pubis ». Et quand Miss P ; s’exclame « Oh God ! Oh God you Devil ! Oh my God » (pas besoin de traduire), le psy y voit « la nature religieuse de ses vociférations ». Heureusement que le psy reconnait en Miss P. un cas rare d’« erotomania obscura ». La science est sauve. Il faut reconnaître que ses listes de références bibliographiques données en notes sont plus qu’édifiantes. Le psy cite même « un cheval intimidé par la vue d’un petit avion transporté sur une charrette, qu’il interprète comme étant un animal préhistorique ». Le tout se termine par une citation de Hamlet à Horatio «Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, que n’en rêve dans votre philosophie ». Si c’est la grand Will qui l’a dit…
    Dans le chapitre suivant, on affaire à de multiples personnages, souvent désignés uniquement par un lettre, P, I, X, E, L, S, ce qui forme le nom pixels, mais aussi Q, U, V, B, T, N. ils interagissent tous entre eux, mais on a du mal à y voir un échange ou une quelconque communication. Le tout est entrecoupé de photos pixelisées, façon publicités pour un magazine de mode, ou d’inserts. Le tout est souligné, à nouveau par des lignes de couleur chair. A priori, le texte, relativement long de 150 pages, fait appel à des professionnels du design digital, du personnel de pharmacie, ou plutôt d’une chaine de magasins, et d’un modèle. L’information peut alors être combinée et recombinée à volonté, donnant ainsi lieu à des « portraits » différents chaque fois. Il est évident que dans cette approche, le portraitiste devient le portraité, tout comme Velasquez. L’un des personnages, « U », est d’ailleurs un modèle. Mais ce personnage est « infiniment ré-arrangeable » et « comme les types de son business parlent des modèles dont le corps se prête à une retouche digitale – « remodelable » », soit « Frankenstein sans les points de suture ». Tout comme Shéhérazade qui était capable de « produire mille histoires à partir des mêmes détails ».
    Le dernier chapitre également intitulé « In a Beginning » est lui aussi assez déconcertant, mais moins que le précédent. On s’attend d’après le titre à trouver un pendant du premier chapitre dans lequel on invente l’écriture. Compte tenu des idées de Steve Tomasula sur l’art conceptuel et la progression dans le temps du récit, on pourrait penser à un développement de l’écriture dans le futur. Et en effet pour Tomasula « presque tous [les artistes] ont, par divers moyens, dépassé le passage de la langue de l’utilisation à la répétition, à la convention ». Or le chapitre alterne une histoire située en Irak et un récit qui se déroule dans un laboratoire de génétique aux Etats Unis. Le récit irakien, facilement identifiable par la couleur sable des pages du texte, est celui d’un homme, Saroush, affecté par la mort de sa femme et de sa fille Fatima, toutes deux tuées lors d’un attentat contre un véhicule américain. Saroush pense à se venger, sous l’instigation d’un imam, en commettant une attaque suicide. Aux Etats Unis, Paul et Mary, expérimentent sur des souris et identifient également les restes humains lors d’accidents ou d’attentats par analyse d’ADN. De plus, Mary prépare une œuvre d’art, de la bio-sculpture. Un de ses ovules a été fécondé par le sperme d’un collègue, avec injection du sperme d’une troisième personne, pour obtenir une « mosaïque de trois parents » sur l’empreinte génétique. Le récit est en noir sur blanc. L’art tend à devenir une performance physique, avec un engagement tout autant physique de l’artiste. Cette préoccupation se retrouve par ailleurs dans les essais de Tomasula, voir plus loin. De fait, l’espace temps se raccourci et les deux récits entrent en collision l’un avec l’autre.
    A signaler que l’histoire de Paul et Mary dans le dernier chapitre est parue en tant que longue nouvelle dans « The Iowa Review » volume 33-1 en 03 sous le titre «Self Portait(s) ». On comprend alors mieux la démarche. Paul découvre la collection de spermes différents amassés des suites de ses coucheries. Il y a là « Paul, Caucasian, […], Joe, Korean, […], Afro.-Amer., […]». Autant de possibilités pour Mary de réaliser un croisement avec ses ovules, quitte à en faire des qui seraient « une mosaïque de trois parents », le « Self Portrait » idéal. Interrogée par Paul, elle lui répond « ce n’est pas tout à fait comme si vous les hommes étiez concernés par le devenir de votre sperme quand vous venez ici ». Autrement dit, aurait elle la même possibilité d’utilisation du sperme, c’est-à-dire en reconstruisant une forme humaine à son gré. Cela pose le problème de l’artiste qui utilise les possibilités de la combinatoire en génétique pour en faire une œuvre d’art.
    On retrouve en fait deux lignes importantes qui guident l’écriture de Steve Tomasula. Il en fait par ailleurs les bases d’une nouvelle forme du récit. Prenant en compte les aspects de la génétique et de la possible replication artificielle des gènes, replication avec possibilités d’introduire des erreurs, volontaires ou non, ce qui entrainerait l’émergence de nouvelles formes vivantes, donc une forme nouvelle d’art. Ce serait l’une des formes de cet art nouveau, combinant la génétique et l’information digitale. L’une de ces lignes qui guident ‘écriture repose sur la reproduction, souvent par imitation, telle qu’elle est décrite dans le chapitre sur l’écriture, reprise par ailleurs en fin de livre, et l’autre qui concerne l’introduction de la génétique au sens large dans la vie quotidienne actuelle. De fait les deux préoccupations se rejoignent dans la mesure où la génétique procède par duplication et replication. Dans ce cadre, les différents plans du roman devraient être utilisés, chacun étant conceptualisé, ou représenté avec un mode différent. C’est le thème des différents plans, de l‘invention de l’écriture, à la recherche de séquences et au codage des gènes. Chacun de ces concepts serait alors repris comme un super-alphabet, et traduits dans une typographie ou mise en page spécifique. C’est notamment le cas pour les différents chapitres de « The Book of Portraiture », et pour les différentes séquences de « Ligatura ».
    On pourrait penser que ces idées puisse déboucher sur l’eugénisme, qui est d’ailleurs clairement évoqué dans « Ligatura ». Il semble que les idées de Steve Tomasula, notamment lors de ses interviews, soient à l’opposé de ces concepts. Au contraire, il préconise et prédit une certaine tolérance devant des applications nouvelles de la génétique et de l’art.
    L’imitation s’accompagne parfois de traits qui frisent la parodie ou l’ironie. Ainsi, les différentes scènes du psy qui décrit les maladies de sa patiente sous forme de « neuralgia spinalis, lesbian hysteria ou hysteria libidinosias, i.e. nymphomania », ou encore, à l’opposé, sa patiente qui confond ermite et pénis, procèdent t’elles d’une imitation tournée en dérision. Réciproquement, quand des erreurs infiltrent l’imitation ou la perturbent, les résultats peuvent être totalement différents de ceux escomptés. C’est ainsi que l’Inquisition reproche à Velasquez des détails qui ne figuraient pas dans les originaux. Il a par exemple peint Moïse sans les cornes que lui attribuaient les peintres précédents. Ces cornes n’étaient d’ailleurs pas du tout physiques, mais étaient le symbole de la révélation divine, d’où double contresens de la part de l’Inquisition. Imagine-t’on ce qu’il pourrait advenir en cas d’erreurs de traductions similaires lors de la transcription génétique ? De même l’Inquisition ne comprend pas comment il a pu peindre la rencontre de Saint Antoine avec Saint Paul l’Ermite, alors que ces deux personnages ont vécu à des époques et pays fort éloignés l’un de l’autre. Toujours à propos de Moïse qui sourit, Velasquez s’en tire en disant que le sourire provient de la joie que Moïse a ressenti en recevant les tables de la Loi. C’est quelque peu tiré par les cheveux et improvisé, mais cela marche.
    Toujours dans le registre des traductions et descendances, on voit souvent apparaitre dans le texte des arbres généalogiques, que ce soit celui de « Cercle » et de « Carré » ou plus surprenant le tableau des combinaisons des gènes récessifs entre « CCpp et ccPP » dans « Ligatura » ou l’arbre généalogique imaginaire de Diego de Velasquez, qui le fait descendre d’Apollon, de Dyonisos et de Nefertiti, lui adjoignant comme oncles Grunewald, Durer, Michel Ange dans « The Book of Portraiture ». Egalement dans « Ligatura », la généalogie de George Washington, descendant de Amphilis Twigen, entre autres.

    « Genetic Art and the Aesthetics in Biology » est un court article de 8 pages publié dans la revue du MIT« Leonardo 35», pages 137-144.
    Tout part des expériences faites avec « Alba » et « GPF Bunny » créées par Eduardo Kac. On retrouve donc les protagonistes qui seront développés plus tard dans « Genesis » et « Ars [telomeres] Longa, Vita [telomeres] Brevis ». L’intérêt de l’article est de faire la liaison avec l’art, en reprenant la présentation faite par Edward Steichen au Museum of Modern Art (MoMA) à New York en 1934. Par des mutations génétiques, il avait alors fait croitre une fleur géante, un delphimium (Amorphophallus titanum) en appliquant les modèles de Mendel de la génétique et des facteurs régressifs. Les mêmes concepts étaient également appliqués au bétail dans le but d’améliorer la race.
    Naturellement, on en arrive très vite à la manipulation génétique à des fins non défendables. C’est ce que Steve Tomasula veut faire comprendre et mettre en garde contre des manipulations hasardeuses.

    «Genesis » est le chapitre 12 (p. 249-257) du livre « Data Made Flesh: Embodying Information » édité par Philip Thurtle et Robert Mitchell (eds.), (03, Routledge, 304 p.).
    Tout part d’Adam, que Dieu crée à son image, à partir de terre. Et 700 générations plus tard Eduardo Kac crée « Genesis » à partir des quatre bases Adénine, Guanine, Cytosine et Thymine, soit A, G, C, T. De ces bases, il compose des séquences de gènes par groupes de trio, par exemple AGC | GCT | ACC pour faire des acides aminés. Bon il ne créé pas vraiment, ni il n’invente l’ADN. D’où il ressort qu’en combinant judicieusement ces triplets, on pourrait arriver à faire du vivant synthétique. Il semblerait qu’Eduardo Kac, et à sa suite Steve Tomasula, aillent un peu vite en besogne. Les travaux actuels en biochimie-biologie semblent indiquer que le codage via les quatre bases n’est pas la seule façon de faire du vivant.
    Arrivé à ce stade, je préfère en référer à Henri Atlan, un éminent biologiste, que je crois plus à même de juger du vivant synthétique. Je renvoie à ses deux ouvrages « Les Etincelles du Hasard. T.1. Connaissance Spermatique », suivie de «Les Etincelles du Hasard. T.2. Athéisme de l’écriture », tous deux dans la collection « La Librairie du XX siècle », respectivement (99, Seuil, 400 p. et 03, Seuil, 448 p.), ainsi qu’à « De la Fraude, Le Monde de l’onna » (10, Librairie du XXI siècle, Seuil, 320 p.). Atlan insiste la finalité dans l’évolution. Le concept est ensuite repris et avec l’apparition de relations complexes dans les interactions, avec des boucles de rétro-action (feedback loops). Le second ouvrage évalue l’importance de la fraude (ou énoncé d’une vérité partielle) avec des exemples dans l’industrie pharmaceutique, voire dans la science « dure » ou à prétention scientifico-idéologique. De la vraie science.

    « Ars [telomeres] Longa, Vita [telomeres] Brevis » sous-titré en «Edunia & the Natural History of an Enigma », publié en 2016 dans ASAP/Journal 1.2, pp. 287-309 2016
    Il s’agit d’un article très sérieux. L’ASAP étant l’acronyme de «The Association for the Study of the Arts of the Present», revue éditée par The Johns Hopkins University Press, Baltimore. Le but en est de stimuler les échanges intellectuels entre des artistes et des critiques dans le domaine des arts et humanités. L’article est consacré à l’edunia, un pétunia créé par Eduardo Kac, issu d’un croisement entre un ADN humain et végétal. Ce chercheur s’était déjà signalé avec « Alba », un lapin génétiquement modifié avec une protéine verte de méduse pour le rendre fluorescent. Ce lapin avait fait sensation au Grenier à Sel d’Avignon en 2000. C’était l’aboutissement du projet « GPF Bunny » en 2000. Pour ne pas être en reste le généticien Reinhard Nestelbacher, du MIT, avait déjà procédé à ce genre de mutation avec une souris « Green », également fluorescente. L’INRA, qui était plus ou moins impliqué, avait suscité polémique devant l’Association européenne de biologie moléculaire. Hélas, le lapin fluorescent du projet « GFP Bunny », n’a jamais quitté les laboratoires de l’INRA à Jouy-en-Josas. Il a été déclaré mort en 2002. Naturellement les écologistes, de tout poil et de toutes couleurs, ont vigoureusement protesté contre l’utilisation de l’argent public à ces fins artistiques.
    Pour en revenir à Edunia, c’est en fait un « plantimal », nouvelle forme de vie mélangeant la plante et de l’ADN humain, en l’occurrence celui de Kac. C’st donc un hybride de l’artiste et d’un Petunia. Le gène de l’artiste produit une protéine uniquement dans le réseau veineux rouge de la fleur. Par contre ses pétales roses évoquent la couleur de la peau de Kac. La plante peut atteindre 25-30 cm avec des fleurs d’une dizaine de cm. Il en existe même des graines. Le gène utilisé provient d’un fragment d’une chaine d’immunoglobine légère (IgG), sorte de protéine qui fonctionne comme un anticorps. Pour la plante, il s’agit d’anthocyanine1 (AN1) responsable de la coloration rouge de la fleur. Plus précisément AN1 est un facteur de transcription qui contrôle l’encodage des gènes des enzymes qui produisent le pigment.
    Dans l’article de Tomasula, ce dernier reprend ses thèmes sur l’imitation qu’il développe dans « The Book of Portraiture » insistant sur le fait que « tout portrait est au moins partiellement un auto-portrait, qui fait écho à ce qui se tient derrière le cadre, spécialement son créateur ». Cela est vrai dit il pour de nombreux créateurs qui sont aussi leurs propres sujets. Et de citer « les auto-portaits de Rembrandt, Picasso se peignant de façon cubiste, ou les bustes de Marc Quinn fait avec son sang congelé ». Ces procédés naturellement progressent avec l’avance des technologies. Il rappelle alors l’œuvre de Eduardo Kac, qui ne fait que poursuivre, avec Edunia, des expérimentations déjà anciennes, consistant à injecter de l’ADN modifié dans la bactérie E. coli, suivies par « Alba », et donnant lieu au « Plantanimal ». Il détaille alors les manipulations de Kac. Ce qui pose la question des OGM et de leur manipulation par Monsanto. Le détail des manipulations est très technique, on s’en doute.
    Le fait est que les codes génétiques sont formés par des combinaisons diverses des quatre bases que sont l’Adénine, la Guanine, la Cytosine et la Thymine, soit en abrégé A, G, C, T. Il en résulte que tous les êtres vivants sont constitués des mêmes briques initiales, ce qui a des implications sur les modes de relations qui devraient exister entre eux. Et d’en arriver aux autres quatre bases de l’humanité qui sont Ovide, Dante, Darwin et Kafka. Pour les trois premiers, il n’y a pas de problème, mais pourquoi Kafka ? Simplement parce que Gregor Samsa ne peut ignorer qu’il soit devenu insecte. « La vérité poétique de la métamorphose dont Kafka parle est devenue, avec l’avènement de l’ingénierie génétique, une véritable réalité ». Il y a alors dans la photo célèbre d’Eduardo Kac arrosant son edunia la même chose que le peintre se peignant en train de peindre. On en retourne toujours à l’imitation. « Echo aimait Narcisse »

    « Visualization, Scale, and the Emergence and Posthuman Narrative ». Texte paru en 14 dans « Sillages Critiques » 17
    Ce sont toujours les mêmes questions que de savoir quelles formes donner au roman contemporain, sachant que le progrès scientifique et technique nous impose une énorme quantité d’information, digitale sous forme d’écrits et d’images. Liés à cette masse de données, les développements de la génétique ont poussé à la réflexion sur le sens du codage, de la transmission et de la transcription. On en arrive donc à changer complètement la notion de texte et d’image, celle-ci pouvant être amplifiée pratiquement à volonté, donnant accès à l’infiniment petit ou infiniment grand. On retrouve alors les concepts explicités dans « The Book of Portraiture », dans ses allers et retours entre vision, transmission et interprétation.

    Publié par jlv.livres | 23 octobre 2016, 21:15

Rétroliens/Pings

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