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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Les effondrés » (Mathieu Larnaudie)

Subtil « making of » littéraire de l’effondrement des acteurs de la crise dite « des subprimes »…

les effondrés

Publié en 2010 chez Actes Sud, le cinquième ouvrage de Mathieu Larnaudie prend la forme d’une revue enjouée de l’effondrement économique, mais surtout idéologique, d’un monde, celui du capitalisme libéral des années 1978-2008, dans la tourmente de la crise des subprimes – mais aussi d’une chronique de la réaction obstinée de ses thuriféraires pour nier la réalité.

Si le propos est similaire, la forme diffère profondément de celle du – également – très jouissif travail en alexandrins de l’économiste Frédéric Lordon (« D’un retournement l’autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandrins », 2011). Mathieu Larnaudie met en scène une terrible galerie de personnages, certains anonymes, d’autres au contraire très connus, et emblématiques, sans toutefois jamais les nommer. Ainsi, au fil des pages, nous assistons aux réactions (abattement, déni, rage, dépression, suicide ou encore impavidité) d’Alan Greenspan (confronté à la commission d’enquête du Congrès sur la crise), de Nicolas Sarkozy (avec ses impressionnantes volte-faces garanties sans sens ajouté), de Marcel Ospel (mis au ban de la « bonne société » suisse pour sa gestion d’UBS), de Richard Madoff, bien entendu, ultime bouc émissaire du système (qui prétend qu’il suffit de « chasser les méchants » pour retrouver tous les illusoires bénéfices de l’égoïsme de la fable des fourmis), et de ses rabatteurs Robert Jaffe ou Thierry Magon de la Villehuchet, ou encore du milliardaire allemand (partiellement ruiné, et allant cacher sa misère relative et sa honte sur les rails d’une ligne de chemin de fer) Adolf Merckle, du patron déchu de Lehman Brothers, le flamboyant Richard S. Fuld, Jr., ou encore, comme une ombre, du carnassier Édouard Stern avant sa tragique sortie de faits divers,…

La longue phrase de Mathieu Larnaudie, parfois difficile à digérer sans reprendre plusieurs fois son souffle, réussit un petit miracle : tout au long de ces portraits en situation, le lecteur aura l’impression d’être à la fois DANS le film (par l’abondance de détails visuels) et DANS le commentaire du DVD, en voix off (par la subtile intrication des commentaires, ajouts, bonus et remarques in petto).

« … un établissement financier et d’assurances belgo-néerlandais qui, avant même que l’ensemble du secteur bancaire n’eût véritablement commencé d’imploser (avant que le séisme ne fut déclaré et identifié, accepté comme tel), avait eu le privilège de préfigurer le chambardement général, d’annoncer, à la manière de ces brusques et ponctuelles variations du champ magnétique local ou de ces légères déformations de la surface du sol qui constituent les signes avant-coureurs du tremblement de terre qui vient, la grande convulsion, de compter parmi les premières sociétés à se déclarer au bord de la faillite, et dont l’État s’était, dès lors, empressé d’empêcher le naufrage, inaugurant ainsi la kyrielle des interventions (la distribution, comme à la criée, de ces enveloppes garnies destinées à garantir la survie – pour éviter la catastrophe, disaient-ils – des entreprises dont tout montrait pourtant que leurs modes de gestion, leurs pratiques – autrement dit, là encore, là comme ailleurs, le réseau des croyances sur lesquelles elles s’étaient, cette gestion et ces pratiques, basées, par quoi elles avaient été induites – étaient les véritables causes de leurs déboires, et qu’une certaine logique (celle du désinvestissement de l’État des affaires privées, péremptoirement prônée par l’école de Chicago, ses maîtres, ses papes, ses évangélistes, ses exécutants, ses ministres, ses petites frappes et ses bras armés, disséminés comme des missionnaires partout dans le monde là où existait ne serait-ce qu’un embryon de marché – c’est-à-dire, précisément, leur propre logique) eût dû conduire à les laisser se débrouiller seules, par leurs propres moyens, s’embourber et déposer le bilan dans leur coin,… »

Un tour de force parfois ardu mais nettement indispensable, tout particulièrement alors que le déni, en 2011-2012, a repris du poil de la bête.

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