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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Le baobab fou » (Ken Bugul)

La formidable quête personnelle d’une jeune Sénégalaise écartelée entre Europe et Afrique.

le baobab fou

Publié en 1984, le premier roman de la Sénégalaise Ken Bugul causa un certain scandale, car cette subtile trame d’inspiration autobiographique ne faisait pas dans la dentelle. Mêlant étroitement l’attachement à la fois indispensable et aliénant au « village » et à la tradition en Afrique, et le désir puissant de découverte et d’insertion dans l’Europe (à travers l’arrivée à Bruxelles de la jeune boursière protagoniste du récit), terre de toutes les ambitions, de tous les désespoirs et de tous les constats d’étrangeté, plus ou moins radicale.

La fine mais parfois brutale description de ce choc culturel, servie par une écriture précise, poétique en permanence et crue lorsque nécessaire, annonce aussi les deux romans à contenu autobiographique qui suivront, avant que Ken Bugul, débarrassée de son fardeau personnel ainsi brillamment digéré et sublimé, ne devienne une voix totalement unique, capable de tracer une route étonnamment puissante et surprenante (comme par exemple dans son magnifique « Rue Félix-Faure » de 2005).

Le coup d’éclat initial d’une auteur majeure, et pas uniquement au sein de la « francophonie ».

« Les cases étaient jaunes, les hautes herbes jaunes, le sable jaune, les animaux jaunes, les êtres humains jaunes. Il faisait très sec et le soleil craquait sourdement tant il faisait chaud. Le village continuait sa vie. Les habitants la leur.

Une fois, la mère était allée chercher de l’eau au puits, en fin d’après-midi. Sur le petit chemin tracé par les pas depuis des années, elle marchait perdue en elle-même, elle ne sentait rien. C’était chaque fois ainsi ; son regard était posé devant elle, mais elle ne regardait rien, elle ne voyait rien. Ce calme, cette sérénité règne dans tous les villages, sur tous les visages. Était-ce résignation ou paix ? »

« J’avais pris l’avion, folle de rage et de désespoir. Le non-retour des choses avait amputé la conscience. Le rétablissement était devenu impossible. Rétablissement de l’enfance perdue, envolée un après-midi, la première fois que j’avais vu un Blanc.
Le sublime se superpose à l’irréel et j’étais incapable de rêver. Le rêve m’était interdit comme par la suite tout ce qui consistait en la survie de
l’irréel, cette illusion qui donnait envie de poursuivre. j’étais arrivée comme le diable engageant le combat avec l’adversaire.
J’avais essayé de me défier, ce fut presque la victoire, mais le jeu valait-il la peine ? J’avais repris conscience à temps.
Les retrouvailles furent applaudies par le baobab mort depuis longtemps. « Ce baobab que tu vois là, il est mort depuis longtemps. » « Mais comment est-ce possible ? Il est là, debout, il a toutes ses branches. »
« Oui, mais il est mort. » « 

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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