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Notes de lecture 2014, Nouveautés

Note de lecture : « Nous sommes jeunes et fiers » (Solange Bied-Charreton)

Roman caustique et réussi du leurre « culturel » et de l’impasse contemporaine.

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Publié en janvier 2014 chez Stock, le deuxième roman de Solange Bied-Charreton, après son « Enjoy » de 2012 (où les réseaux « sociaux » servaient joliment de révélateur caustique aux vides tant du socialement sur-intégré que du culturellement soi-disant rebelle), poursuit d’une façon bien particulière sa revue des chimères qui encombrent si aisément l’imaginaire contemporain, en se focalisant sur l’appel du départ et du voyage, là également aussi bien sous sa forme « intégrée » de tourisme, voulu sincère et néanmoins opportuniste, que sous sa forme « rebelle » de tentation d’un retour à la nature et à la simplicité sociale.

Ivan et Noémie, couple « bobo » emblématique, la jeune trentaine, habillé de ses frénésies consommatrices comme de ses élans humains désespérément chaleureux, elle enseignante en collège d’une banlieue parisienne, lui mannequin haut de gamme pour publicités « grande conso », est soumis bien malgré lui à une radicale remise en question lorsqu’un « accident de la vie » (la chute d’Ivan depuis un échafaudage, définitivement handicapante, lors du tournage d’un spot pour un dessert à la banane) vient propulser au sommet de leurs consciences leurs doutes intimes, leurs vacuités et leurs envies de « nouveau départ ».

C’est cette quête soudaine que Solange Bied-Charreton utilise avec habileté et causticité comme révélateur d’un magma culturel, d’un aveuglement ambiant qui permet à tant de « jeunes et fiers » (bel exergue issu du « Jésus de Montréal » de Denys Arcand) de vivre vainement au sein du leurre marchand-spectaculaire, en l’acceptant ou en le rejetant, en s’y conformant ou en y cherchant des échappatoires, mais, en filigrane du roman, toujours en ignorant la vérité du rapport économique pour s’accrocher à des superstructures culturelles.

Trouvant dans sa partie finale (dont il serait dommage de révéler la teneur) des accents qui évoquent les scalpels feutrés d’un Hugues Jallon, nettement plus insidieusement décapant qu’ « Enjoy », râpant plus douloureusement les certitudes possibles, « Nous sommes jeunes et fiers » s’affirme comme un très réussi roman de l’impasse contemporaine.

« L’âge adulte leur avait ouvert de nouvelles perspectives. Ils se targuaient d’avoir su intégrer autant d’automatismes en si peu de temps, de ne plus se griser du moindre jour de chance. Chaque année, Ivan et Noémie prenaient du galon, ce qui avait été exceptionnellement accordé hier était devenu un acquis. L’émotion gravitait, brûlante puis anodine. À présent ils évitaient de s’émerveiller pour rien. Car tout était normal, ils devenaient sérieux. Une manière d’accepter qu’ils ne compteraient pas, aussi bien qu’ils mourraient oubliés. Ils acquiesçaient difficilement, ils n’étaient pas armés pour sortir de l’histoire. Ils n’y étaient pas entrés mais c’était la même chose. »

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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  1. Pingback: Lire les "nouveautés". | Charybde 2 : le Blog - 18 février 2014

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