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Notes de lecture 2014, Nouveautés

Note de lecture : « Les corps intermédiaires » (Mamadou Mahmoud N’Dongo)

Cent fragments pour de réussies noces improbables de l’art contemporain et des printemps arabes.

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Publié en janvier 2014 dans la belle collection « Continents noirs » de Gallimard, le cinquième roman de Mamadou Mahmoud N’Dongo, succédant à son remarquable « Remington » de 2012, confirme si cela était nécessaire que cet étonnant auteur, sans doute au moins autant musicien, historien de l’art et de la musique, cinéaste et homme de théâtre, que romancier, est un écrivain avec lequel il faut compter, sachant surprendre par des textes incisifs qui, bien qu’inscrits dans le corpus parfois quelque peu abusif des « littératures africaines » (même au sens large), questionnent avec subtilité une modernité à la fois très parisienne et très mondialisée, et se jouent, un peu à la manière d’un Percival Everett aux États-Unis, des classements par trop identitaires.

Là où il utilisait dans « Remington » la critique musicale et rock comme filtre d’une possible « crise de la quarantaine » du mâle urbain cool et sensible, il déploie dans « Les corps intermédiaires » le filet de l’art contemporain (tant plastique que vidéo) pour saisir les éventuelles contradictions politiques et policières des printemps arabes… Dévoiler la manière dont il parvient à ce tour de force littéraire serait dommage, mais vous serez impressionnés par la redoutable mécanique de précision adoptée au « montage » pour gérer en 240 pages une audacieuse chronologie de 100 fragments arrachés à ce moment curieux : celui où la vie d’un « artiste qui se droguait, et qui dealait de temps en temps pour pouvoir se droguer tout le temps » croise celle d’un surpuissant « fils de » moyen-oriental, de ses gardes du corps, d’un banquier suisse, d’un « très grand » de l’art contemporain et de divers responsables de la sécurité, publique ou privée, en y adjoignant quelques flashbacks soigneusement choisis et disséminés, le tout sous le signe des poupées de collection comme facteur de coagulation, pour, peut-être, expliquer le difficilement explicable.

« J’eus beau ensuite leur expliquer que je n’étais pas drogué, mais juste un artiste en art visuel venu faire une captation, ils ne voulurent rien entendre… Cette fois, je fis l’inverse, déjà étonné qu’ils évoquent cette arrestation, je m’en tenais à ce qu’ils souhaitaient que je sois, c’est-à-dire : un Noir fumeur de crack.

Définir l’autre c’est se définir soi-même ; je poussai le cliché jusqu’à me forcer à vomir, ce qui fit que leur intérêt sur ma personne se relâcha, au contraire du mien pour celui à qui je devais cet interrogatoire ; Abbas, il ne devait plus me quitter… et plus encore après la découverte de son cadavre à côté, ironie de la fonction, de celui de son garde du corps… »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici. Pour acheter « Remington », son précédent ouvrage, c’est.

Et ce qu’on en dit fort joliment ici chez Gangouéus, l’un de nos amis des Palabres autour des Arts, une équipe d’amoureuses et d’amoureux des littératures des Afriques comme on en fait peu.

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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  1. Pingback: Lire les "nouveautés". | Charybde 2 : le Blog - 18 février 2014

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