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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Riviera » (Mathilde Janin)

Très beau premier roman. L’art rock, la quête de la reconnaissance, la mort qui rôde.

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riviera

Premier roman de la critique rock Mathilde Janin, l’un des deux ouvrages de « débutants » proposés par Actes Sud en cette rentrée littéraire 2013, Riviera constitue d’emblée une réussite bien attachante.

Passant rapidement sur de mineures faiblesses (une préciosité peut-être un peu excessive, surtout dans les 100 premières pages, la forte récurrence de la « porosité » en témoignant), on retiendra de cette lecture un roman ambitieux, qui a su se détacher de la tentation, à laquelle n’échappent pas tous les journalistes musicaux, de « faire rock », pour se concentrer sur une fine et belle histoire où le talent artistique d’un musicien d’exception tient la place centrale, questionné sans relâche, jusqu’au-delà de la mort, par un environnement potentiellement fatal, où les proches, familles ou producteurs, jouent aussi bien leur rôle d’agents du succès (d’estime et commercial) que de fournisseurs de jalousies qui se refusent à dire leur nom ou de relations se voulant fortes et vénéneuses à souhait.

Comme un Marc Spitz dans son – beaucoup moins « léger » qu’il n’y paraît – deuxième roman de 2006, Too Much, Too Late (non traduit en français), mais sans doute ici avec une visée plus universelle, Mathilde Janin montre avec intelligence et émotion comment la recherche nécessaire du « hype » peut finir par tenir lieu de vie en soi, lorsque le talent doit devenir génie reconnu, et comment cette vie, minée ici de lourds secrets de famille caucasiens et de contraintes nées de la terrifiante épidémie d’Ebola mutant qui ravage les États-Unis, les économies, les sociétés, les carrières et les rêves, peut si vite perdre son sens intime, au nom de l’art, peut-être.

Un roman que l’on se hâtera donc de découvrir dès la fin de ce mois d’août, et que l’on rangera ensuite avec soin parmi ceux qui, en matière de sens même de la vie rock’n’roll, comptent.

Face au type de l’accueil, elle avait adopté une attitude humble et hésitante, s’était excusée d’importuner, avait tenté d’attirer la sympathie, cherchant un prétexte pour justifier l’urgence de son voyage – un malade au chevet duquel elle devait se rendre ; son père, tiens ; un père allemand qu’elle composait pour l’occasion, bientôt mort d’une terrible maladie, un mal intransmissible : un cancer du pancréas, ou encore un lymphome…
Jaillissant comme ça, le mensonge, qui habitait sa bouche et qui peu à peu s’affinait, emplissait l’air de son écrasante absurdité puisque les mourants ne font pas décoller les avions, ça se saurait. Elle aurait tout aussi bien pu raconter l’histoire telle qu’elle était – Frédérique en route pour Berlin, le cadavre de Philippe qu’il fallait rapatrier. Son invention l’amusait. Son père imaginaire la détournait de Philippe et la rendait presque joyeuse. Pleurer devenait une distraction ; supplier, un plaisir. Il en était ainsi – et ce, depuis l’enfance – de Nadia Batashvili : le mensonge l’étoffait, l’artifice lui seyait à merveille.

Pour acheter le roman chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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